Jésus est tenté




1e mars 2009
1e dimanche de Carême

 

 


Lectures bibliques:
Gn 9, 8-15; Ps 24, 4-9;
1 P 3, 18-22; Mc 1, 12-15




 

CROIRE AU MYSTÈRE

Les cinq dimanches du parcours qui nous conduit à Pâques propose toujours de nouveau, au premier et deuxième dimanches, les mêmes événements : la tentation et la transfiguration. Il s’agit de décliner deux antithèses extrêmes. Le Fils de Dieu, qui a assumé notre humanité jusqu’à s’inscrire en chacune de nos limites, nous est présenté dans le paradoxe de la tentation, c’est-à-dire d’être mis à l’épreuve.

Tenter Dieu est une sorte de contradiction qui manifeste la possibilité donnée au tentateur de mettre Dieu à l’épreuve. La transfiguration s’oppose à cet excès de partage de la condition humaine. Dans la transfiguration, l’humanité devient transparence du divin parce que la gloire même de Dieu se rend visible dans Christ fait homme. Donc, situation double : l’homme en Dieu, Dieu dans l’homme.

Au contraire, le troisième, quatrième et cinquième dimanches obéissent à des contextes différents, bien qu’un même thème les relie année après année. Au cours de l’année B, nous lisons l’Évangile selon Marc aux 1e et 2e dimanches tandis qu’aux 3e et 4e dimanches, l’Évangile selon Jean nous rend attentifs au thème de la vie, de la lumière, de la gloire.

La prière (collecte) nous introduit bien au temps de Carême et au thème spécifique du premier dimanche. Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce carême, de progresser dans la connaissance de Jésus Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle.

Le temps de Carême est précisément un temps d’écoute, un temps de conversion. Construit sur la symbolique des quarante ans qu’Israël a passés dans le désert, et ensuite des quarante jours où Jésus se retire dans le désert, ce temps contient l’invitation avec vivre plus intensément la relation avec Dieu en nous laissant renouveler par sa parole. Marqué autrefois par la préparation ultime des catéchumènes au Baptême, aujourd’hui, il propose de nouveau à la communauté chrétienne les motifs forts de l’appel, de l’alliance, scellés dans la mort et la résurrection du Seigneur Jésus auxquelles le Baptême nous fait tous participer.

La mémoire du Baptême, la marche vers Pâques reconduise l’Église au besoin incessant de conversion et de pardon; il la porte de nouveau à l’expérience concrète d’un Dieu patient et miséricordieux.
La lecture vétérotestamentaire nous situe dans le mystère de l’alliance. Le premier dimanche, Noé est la figure emblématique. Le récit de la Genèse propose de nouveau les paroles par lesquelles Dieu sanctionne l’alliance avec ceux qu’il a voulu préserver du déluge. Ce qui importe, ce n’est pas seulement la promesse inhérente à un événement qui ne se répètera jamais plus dans l’avenir. Il me semble qu’il faut souligner aussi l’ampleur de ce pacte qui touche le patriarche et sa famille mais qui s’étend aussi à chaque être vivant qui est avec eux : les oiseaux, les animaux domestiques, toutes les bêtes sauvages, tout ce qui est sorti de l’arche pour repeupler la terre. En effet, si, comme le prouve la lecture tirée de la première lettre de Pierre, le déluge est figure du Baptême, donc, un rappel à la marche qui le prépare ou qui en fait mémoire, le bouillonnement de vie animale, expressément fait participant de la bénédiction de Dieu nous introduit dans un détail, minime mais significatif dans l’imaginaire de Marc, après la tentation, il vivait parmi les bêtes sauvages. Les anges et les bêtes sauvages dessinent d’une manière pittoresque un habitat improbable, mais quand même pacifié. Comme nous le savons, Marc n’entre pas dans le mérite des tentations. Il montre Jésus poussé par l’Esprit dans le désert où il est tenté pendant quarante jours. Le lieu de la solitude, du silence intérieur et extérieur, le lieu favorable à la rencontre de Dieu devient aussi le lieu de l’épreuve, le lieu où le doute et l’ambiguïté sont forts, le lieu où le tentateur semble dominer et prévaloir. Mais nous devons plutôt imaginer tout cela parce que l’évangéliste va vite aux faits qui suivent. Toutefois, pas avant d’avoir souligné la victoire de Jésus sur le tentateur.

Après l’arrestation de Jean, Jésus commence sa prédication. Et ses paroles sont celles qui caractérisent notre marche de Carême : Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle.

L’accomplissement du temps se rapporte certainement au fait historique de Jésus, à sa réponse définitive à la demande de l’homme, au fait qu’il est celui qui apporte définitivement le salut. Il se rapporte aussi à nos jours, au temps qui est donné à chacun de nous; au temps tel que la communauté le vit et le célèbre. Donc, pour nous aussi, pour toute la communauté ecclésiale, l’appel au royaume de Dieu retentit et, pour y accéder, l’appel à la conversion et à la foi.

Devant toutes ces réalités, nous avons un paradigme privilégié. La Préface nous dit que, en étant vainqueur des assauts du tentateur, Jésus nous a enseigné à vaincre les séductions du péché, pour qu’en célébrant le mystère pascal avec un esprit renouvelé, nous puissions parvenir à la Pâques éternelle. La marche de Carême nous permet donc d’intérioriser de plus en plus le mystère pascal, et avec ce dernier, la nouveauté miséricordieuse et aimante (cf. Psaume) du royaume de Dieu. L’accueillir, c’est prendre acte que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole venant de la bouche de Dieu (acclamation à l’Évangile).
C. Militello

VIVRE LE MYSTÈRE

Au baptême de Jésus, le Père dépose dans les mains du Fils, de son Isaac, tout le destin de salut des hommes et de la création.

Toute la confiance du Père repose dans le Fils rempli d’Esprit Saint; c’est lui qui accomplira la mission tout entière.

Une fois baptisé, Jésus est immédiatement conduit au désert par l’Esprit : comme le nouvel Adam, il vit avec les bêtes, pour montrer que les temps messianiques sont arrivés, et le nouveau Daniel demeure avec les lions qui ne lui font pas de mal.

Dans le désert, lieu de solitude, de privation et de silence, Jésus scrute les Écritures et en tant qu’Israël nouveau, il est soumis à la terrible tentation de l’Exode. Le Fils revisite le prophète Isaïe et les oracles du Serviteur du Seigneur qui le concernent.

Avec la Parole de Dieu, il repousse la triple tentation orientée à rendre radicalement vaine sa mission.

En fréquentant Jésus aujourd’hui, l’Église est amenée à faire comme il a fait lui-même et à se plonger dans les Écritures; ses fils peuvent le considérer comme vocation de l’homme libre et libéré, conduit par l’Esprit.

L’entrée dans le temps austère du Carême ne peut advenir qu’en faisant mémoire du Baptême avec le rite de la bénédiction de l’eau et de l’aspersion de l’assemblée.
C. C.