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Pourquoi
avoir peur ?
21 juin – 12e dimanche du Temps ordinaire
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| La mer sert de fond aux textes de ce dimanche. La lecture vétérotestamentaire, le psaume, la lecture évangélique, une des antiennes proposée pour le chant de communion l’évoquent. La mer est un lieu ambivalent : génératrice en un temps de vie comme de mort. Métaphore de la vie humaine, de ses difficultés prévisibles et imprévisibles, elle est la manifestation d’une énergie irrépressible que l’Écriture inscrit elle aussi dans le dessein de Dieu, et, donc docile à son ordre. La première lecture tirée du livre de Job esquisse poétiquement la force de la mer, « l’orgueil de ses flots », dominée toutefois par le pouvoir de Dieu, et donc, inscrit dans les limites qu’il a établies : « Tu viendras jusqu’ici! Tu n’iras pas plus loin ». La présence de ces versets, essentiellement de louange à la puissance créatrice de Dieu, à sa manière paternelle de mettre de petits piquets (les langes) à sa créature énergique – nous sommes devant une cosmologie vraiment ingénue – a comme raison d’être le récit de l’Évangile tiré de Marc. C’est le récit de la tempête apaisée. Là, la mer, mieux, le lac, apparaît dans toute sa force, agité par les flots tumultueux produits par le souffle impétueux du vent. Nous devons imaginer Jésus qui, le soir, décide de passer sur l’autre rive du lac. Les disciples l’emmènent dans leur barque. Il n’est pas exagéré de dire qu’il cherche à éviter la foule qui le suit et qui ne le laisse presque pas respirer. La mer de Galilée est traîtresse; des vents impétueux la traversent facilement. La barque dans laquelle Jésus et les siens naviguent se trouve donc dans une grave difficulté. En vérité, la tempête qui menace ne dérange pas Jésus qui dort à l’arrière, même si l’eau pénètre déjà profondément dans la barque. Les paroles des disciples : « Maître, nous sommes perdus; cela ne te fait rien? » disent beaucoup plus que le danger évoqué ici. L’ordre qu’il donne au vent : « Silence, tais-toi! » comme la demande adressée aux siens : « Pourquoi avoir peur? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi? » ne sont pas moins chargés d’une longue interprétation. Et, en fait, les disciples n’ont pas compris qui il est puisqu’ils se disent entre eux : « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent? ». En effet, seul Dieu peut réduire la tempête, faire taire les flots de la mer (cf. psaume). La tempête apaisée est par conséquent un récit fonctionnel pour dévoiler Jésus comme étant le Christ, le Fils de Dieu. Elle a toutefois le charme métaphorique d’indiquer notre vie, ou la vie collective des croyants dans certaines situations. Ce n’est pas au hasard si l’Église elle-même est parfois secouée par la tempête. Les Pères ont interprété d’une manière ambivalente la barque qu’est l’Église : arche de salut parce que le Christ en est le maître d’équipage, même s’il est endormi; navire au milieu des flots, presque en proie de leur fureur. Les flots sont alors eux-mêmes la métaphore du mal ou de la foi incapable de reconnaître qui est celui à qui les vents et la mer obéissent. La métaphore s’applique aussi aux maîtres d’équipage pro-tempore, en somme, à ceux qui devraient guider l’Église vers le port sûr, et qui au contraire, en raison de leur foi immature ou de leur incohérence, risquent de la laisser se heurter aux écueils. Dans un cas comme dans l’autre, la demande : « Pourquoi avoir peur? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi? » ne constitue pas une inquisition ou une condamnation. Elle est plutôt réconfortante et rassurante. Le climat évoqué est celui du psaume qui dessine la réalité en même temps que la métaphore de la mer et de la tempête et qui, dans l’appel au secours adressé à Dieu, expérimente la miséricorde, l’arrivée au port espéré, l’action de grâces pour l’amour, pour les merveilles qu’il opère en faveur de ses créatures. Dans le Temps ordinaire, les dimanches qui suivent la Pentecôte sont toujours marqués, spécialement dans la deuxième lecture, par la permanence du kérygme pascal. Nous lisons donc un court passage de la deuxième Lettre aux Corinthiens. Dans cette Lettre, Paul souligne avec force l’efficacité de l’événement Christ, de sa mort en faveur de tous. « Afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux ». L’événement pascal change radicalement les croyants en ce sens qu’il établit une frontière nette entre l’expérience du Christ dans la chair et son expérience de ressuscité. L’Apôtre dit encore : « Si quelqu’un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né ».
En effet, le souffle de l’Esprit anime chaque croyant ainsi que la communauté
entière. La métaphore du vent, la « tempête » au milieu de laquelle Dieu
parle à Job devient ainsi un souffle joyeux et suave qui fait toutes les
choses nouvelles et qui nous accompagne avec entrain sur la route de l’histoire.
Nous reprenons la série des dimanches dits du Temps ordinaire, et à partir de ce 12e dimanche et, en ce cycle B du Lectionnaire, nous sommes sur la mer où une violente tempête se déchaîne. Peut-être est-elle davantage dans le cœur des disciples qui ne savent pas s’il leur convient de suivre Jésus. Après avoir calmé le vent et la mer, le Maître les interroge sur leur foi. Ce dimanche et les suivants sont une école de formation des disciples de Jésus. En effet, nous qui suivons le Maître, nous demeurons avec lui, nous l’écoutons, nous voyons ses œuvres et comment il accomplit la volonté du Père. C’est une croissance de communion avec lui et d’identification à lui. • Aujourd’hui, nous pouvons revoir le niveau de notre foi en Jésus. La rencontre dominicale nous fortifie et nous confirme dans la résolution de toujours adhérer à sa personne.
L’été ne peut être pour nous un motif de nous absenter de l’assemblée
de l’Église et il ne dispense pas les animateurs de leur service!
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