Le royaume
révélé aux petits

 

 

14e dimanche
du Temps ordinair
e
Ann
ée A – 6 juillet 2008




Lectures bibliques
Za 9, 9-10; Ps 144, 1-2.8-11.13-14;
Rm 8, 9.11-13; Mt 11, 25-30

Interpréter

Évangile

Comme toujours, il faut tenir compte du contexte pour bien interpréter l’Évangile. Les « sages » et les « savants » que Jésus oppose aux « petits » ne sont pas tous des spécialistes des Écritures, mais seulement cette catégorie particulière de personnes qui avaient transformé l’étude des Écritures en exercice verbal, en perdant de vue le message qui est, au contraire, compris par les « cœurs purs ».

Le verbe révéler, qui revient trois fois en quelques lignes, souligne que la connaissance du mystère de Dieu n’est pas un simple fruit de l’effort intellectuel, mais une révélation gratuite de la part de Dieu. C’est pour cela que nous disons que la foi est un don surnaturel. Toutefois, il nous revient de préparer le terrain pour que la semence de la grâce (= don gratuit) puisse germer et produire du fruit.

Lorsque Jésus affirme que seul le Fils peut révéler le Père, cela signifie que nous pouvons connaître Dieu seulement à travers l’humanité du Verbe. Jésus est le sacrement de la rencontre du Père. En d’autres mots, Dieu n’est pas une idée abstraite; nous le rencontrons dans la matérialité de l’existence quotidienne vécue avec l’humilité de quiconque est conscient de ne pas posséder toute la vérité et de devoir toujours la chercher avec les autres.

Lorsque la religion cesse d’être une humble recherche de Dieu pour devenir une possession arrogante, elle se transforme alors, en joug pesant et opprimant.

Première lecture et psaume

La venue du Seigneur n’a rien à voir avec une conquête militaire. Ce n’est pas l’imposition d’un esclavage, mais exactement le contraire. C’est une libération. Zacharie annonce le Messie en évoquant l’installation royale de Salomon, fils de David, qui monte une mule (cf. 1 R 1, 33). Avec cet image, il annonce l’entrée de Jésus dans la ville sainte, accueilli par les petits et les humbles et refusé par les savants et les puissants.

Même le psaume prépare l’annonce évangélique en exaltant la miséricorde et la tendresse de Dieu qui se révélera en Jésus « doux et humble de cœur ».

Deuxième lecture

La vie chrétienne et la foi ne promettent pas des certitudes stables et des tranquillités acquises une fois pour toutes. Le baptême ne nous exempte pas de la recherche et du combat; au contraire, il nous insère consciemment dans la dynamique conflictuelle entre la vie et la mort (cf. Rm 6, 3), dans une sortie continuelle de l’esclavage de la chair vers la liberté qui est l’œuvre de l’Esprit. Chez l’apôtre Paul, la « chair » ne s’identifie pas à notre concept de corps physique, comme nous sommes tentés de penser après une longue période où lorsqu’on parlait de « péchés de la chair », on voulait signifier les désordres inhérents à la sexualité. En parlant de la « chair », l’apôtre veut dire toute cette partie de nous-mêmes (= le vieil Adam) qui s’oppose à l’action de l’Esprit, au projet de Dieu. Saint Paul ne fait pas un discours moralisant mais un discours théologique en exhortant à vivre selon l’esprit de Jésus, c’est-à-dire avec ses mêmes sentiments d’humble obéissance au Père.

Annoncer

Parmi les sept dons de l’Esprit qui sont invoqués sur chaque baptisé au moment de la confirmation, il y a aussi l’intelligence (du latin intus-lègere : lire, voir dedans, au-delà des apparences).

Il faut veiller à ne pas confondre culture et intelligence. Nous pouvons être intelligent sans avoir aucun diplôme. Et vice-versa, nous pouvons avoir un diplôme sans être intelligent. C’est cette intelligence que l’Esprit renforce et développe pleinement. La vie vécue avec les yeux et le cœur de Jésus rend plus « intelligent » que bien des livres.

Enseigner

La simplicité et l’humilité ne sont pas en opposition avec la science et la profondeur théologique. La sagesse de Dieu n’est pas contre l’intelligence humaine. La foi chrétienne est une foi qui pense. Le chrétien est un croyant, pas un naïf. À une époque où un certain spiritualisme viscéral semble l’emporter, il est bon de se rappeler que la foi n’implique pas le renoncement à la raison.

Exhorter

La prière chrétienne est « stupeur », ce qui ne signifie pas évasion dans le miraculeux. Il s’agit, au contraire, de s’émerveiller devant le grand mystère de ce monde que la science elle-même met de plus en plus en évidence, en analysant l’infinie petitesse des réalités terrestres de même que l’infinie grandeur des espaces sidéraux. Même la science nous aide à prier et à nous poser les grandes questions de l’existence.

Introduire au mystère

Dans le texte évangélique « proclamer la louange » traduit le verbe grec exomologhéo qui signifie aussi « confesser les péchés » (cf. 1 Jn 9, 1). Ce n’est pas pour rien que, aux premiers siècles, la pénitence était dite exomologhésis (cf. Didachè 14, 1).

Le sacrement de la pénitence ne s’identifie pas à la récitation (énumération) des péchés; il est avant tout louange et remerciement à Dieu pour la grâce de la conversion et du pardon.

S. Sirboni