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Le prophète méprisé 5 juillet – 14e dimanche du Temps ordinaire
Ezéchiel
2, 2-5
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La communauté chrétienne poursuit sa marche du Temps ordinaire; elle avance avec la force de l’Esprit qui lui a été donné. Dans cette optique, elle se fait encore interpeller par le mystère du Fils de Dieu, par sa messianité vaincue et refusée. Elle le considère comme le prophète méprisé. Elle prie donc le Père de la délivrer de ce qui peut encore en voiler le regard; elle demande la lumière de l’Esprit pour savoir connaître la lumière de la gloire dans l’humanité du Fils et expérimenter la puissance de sa résurrection dans sa propre infirmité. Le grand thème de ce dimanche c’est donc le prophète ou, si nous voulons, la prophétie. C’est une expérience qui traverse chaque forme religieuse. Partout où l’être humain identifie des parcours de rencontre avec Dieu; l’homme/la femme de Dieu – le sujet - que Dieu choisit comme son médiateur et interlocuteur se fait présent. C’est la puissance de Dieu qui investit le prophète. Les formes peuvent changer; on peut supposer parfois qu’il existe des méthodes comme support de l’expérience prophétique. En vérité, se faire prophète équivaut à dénoncer la fausseté de sa propre prophétie. Parce qu’il est une voix qui ne parle pas en son nom mais au nom de Dieu, le plus souvent, le prophète n’est pas tellement celui qui déchiffre l’avenir que celui qui possède et qui met en évidence une conscience lucide, un discernement sur le présent. C’est pour cela qu’il est méprisé, impopulaire, détesté même, parfois condamné à la mort. Les
lectures de ce dimanche mettent côte à côte le prophète Ezéchiel et Jésus
de Nazareth. La première lecture tirée du livre d’Ezéchiel nous présente
la vocation du prophète : un esprit prend possession de lui et lui parle.
Ezéchiel n’élabore pas de lui-même les paroles qu’il propose; il les reçoit
plutôt, mieux, il « les écoute ». Ce sont des paroles dures. Nous sommes dans le contexte de l’exil babylonien. La tâche du prophète est loin d’être facile. Toutefois, il ne peut pas s’y soustraire. Le témoignage unanime de la prophétie d’Israël est traversé par cette présence envahissante de Dieu, présence non voulue et parfois subie comme une véritable violence. Cependant, la tâche du prophète consiste à dire une parole qui n’est pas la sienne, à être l’intermédiaire du message de Dieu, à annoncer la miséricorde et/ou le châtiment à quiconque préférerait oublier les obligations de l’alliance. La situation de Jésus de Nazareth n’est pas différente. Il a été, lui aussi, envoyé à son peuple. Mais il parle avec une autorité qui lui appartient. Parole incarnée qui se manifeste à l’origine comme Parole du Père. Le malaise, mieux, la stupeur, naît justement de l’incohérence entre la proposition d’autorité de Jésus et son identité humaine. Souvenons-nous que Marc nous présente Jésus qui revient à Nazareth avec ses disciples et qui, le jour du sabbat, proclame et explique l’Écriture dans la synagogue. Quelque chose échappe à ses concitoyens dans la qualité de son enseignement comme dans la réputation de thaumaturge qui l’accompagne. Comment est-ce possible que celui qui parle et agit ainsi soit un des leurs dont ils connaissent bien le père, la mère, les frères et sœurs? Paradoxalement, au lieu de s’en vanter, ils en sont scandalisés. Pour sa part, Jésus conclut qu’un prophète n’est méprisé que dans son pays. Jésus s’étonne de l’incrédulité de ses concitoyens. De quelque manière, sa capacité d’agir en est blessée. Mais l’aventure de Jésus est une constante dans le milieu de la prophétie. Le prophète n’est pas écouté par les siens! Qu’il s’agisse d’Ezéchiel ou d’un autre des grands prophètes d’Israël, qu’il s’agisse de Jean le Baptiseur ou de Jésus lui-même, puis des siens, les gens de vie tranquille préfèrent ne pas écouter les paroles du prophète. Au contraire, dès le début, il est destiné à l’échec et à la défaite. La prophétie ne s’éteint pas avec le témoignage prophétique de Jésus de Nazareth. Don de l’Esprit, il identifie dans l’histoire des hommes et des femmes comme étant ses disciples. Paul l’indique comme le don le plus haut, le don auquel il faut aspirer. Malgré cela, le prophète est toujours vaincu, méprisé, ridiculisé. D’une manière ou de l’autre, on refuse de l’accueillir, aujourd’hui comme hier. Le paradoxe de Jésus prophète, l’échec d’une humanité qui voile ce qu’il est, le Verbe de Dieu, est cependant un paradigme dans notre compréhension de son mystère. Dans la lecture apostolique, l’annonce pascale nous est proposée de nouveau à travers l’expérience de Paul. L’apôtre met en évidence sa faiblesse en la manifestant comme une possibilité excédante de grâce. Blessé dans la chair – nous ne savons pas précisément ce que cela signifie, souffrance, certainement – il a prié Dieu d’être libéré de ce qui l’angoisse. Mais le Seigneur lui a déclaré : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Qui en a surtout fait l’expérience si ce n’est le Fils de Dieu? Son abaissement, son humiliation n’est-elle pas faiblesse? Et n’est-ce pas là la condition d’accès à la gloire? Dans
le Christ et dans l’Esprit, nous aussi, comme Paul, nous pouvons dire
: « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ».
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