Les paraboles
du royaume

 

 

16e dimanche
du Temps ordinair
e
Ann
ée A – 20 juillet 2008



Lectures bibliques
Sg 12, 13. 16-19; Ps 85, 3.6.9-10. 15-16; Rm 8, 26-27; Mt 13, 24-43

Interpréter

Évangile

Le récit évangélique d’aujourd’hui continue la présentation des paraboles avec lesquelles Jésus manifeste les caractéristiques du royaume de Dieu et de ses disciples.

Une des tentations toujours à l’affût est celle de se mettre à l’abri dans un isolement splendide qui rassure psychologiquement et qui ne met pas nos sécurités en danger.

Avec la parabole de l’ivraie qui croît en même temps que le bon grain, comme avec celle du levain dans la pâte, Jésus offre une image d’Église qui est appelée à vivre et à partager avec tous les humains la complexité de la vie quotidienne; à se confronter continuellement avec l’histoire sans craindre les situations conflictuelles en elle et en dehors d’elle. Son champ d’action, c’est le monde avec toutes ses contradictions, où le bien s’entrecroise avec le mal, où il n’y a pas seulement le blanc ou le noir mais toutes les nuances intermédiaires. Le propriétaire du champ freine le zèle des serviteurs qui voudraient déraciner les mauvaises herbes qui poussent alors qu’il est difficile de les distinguer du bon grain.

Dans sa phase terrestre, l’Église ne peut être la caste des parfaits. Sur cette terre, le royaume de Dieu n’apparaît pas immédiatement comme tel. Que de fois ce qui est apparemment bon au début se révèle tout à fait autre chose avec le temps!

Le royaume de Dieu ressemble au grain de moutarde; il disparaît presque parmi toutes les autres semences, mais une fois qu’il a poussé, il est plus grand que toutes les autres plantes du jardin; et cela contre toutes les prévisions.

Première lecture et psaume

Le récit sapientiel prépare l’accueil du message évangélique. Justement parce qu’il « prend soin de toute chose et qu’il montre sa force », Dieu n’est pas vindicatif mais il est indulgent envers tous et il juge avec douceur. Le fanatisme religieux, le refus du dialogue, le mépris de quiconque a une foi différente, l’esprit de vengeance et même la réciprocité à faire le bien (je te fais une faveur pour que tu m’en fasses une autre) sont tous des attitudes qui ne sont pas en harmonie avec l’Évangile, quoiqu’on en dise pour les justifier. Justement parce qu’il est fort, Dieu manifeste sa force et sa supériorité dans le pardon.
Le psaume rappelle cette identité de Dieu qui doit se refléter en chaque croyant : « Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ».

Deuxième lecture

La vraie prière chrétienne ne consiste pas principalement en matérialité et en quantité de paroles, même si elles sont belles, mais à nous approprier les « gémissements inexprimables » de l’Esprit. La prière chrétienne est d’abord une attitude intérieure, le partage des sentiments du Christ envers le Père et les frères. Seul l’Esprit de Jésus nous permet de prier de la bonne manière en demandant les bonnes choses et en donnant aux paroles leur pleine vérité.

Annoncer

Tout en se référant à une réalité objective de l’histoire où le bien s’entrecroise avec le mal, la parabole de l’ivraie a plutôt pour but de suggérer le comportement que doivent avoir les disciples de Jésus, image de Dieu qui respecte la liberté humaine. L’Évangile ne s’impose pas avec une loi civile et encore moins par la violence. L’intégrisme religieux n’appartient pas à l’identité chrétienne. La diversité et le dialogue font partie de la dynamique providentielle qui nous contraint tous à nous mettre humblement à la recherche pour vérifier la vérité de notre foi.

Enseigner

La parabole du levain dans la pâte présente clairement une Église qui respecte les réalités humaines dans leur autonomie. Le message évangélique ne s’oppose pas à la laïcité de ce monde; il tend plutôt à développer pleinement les réalités humaines en respectant leur identité et leur finalité. L’Évangile transforme les réalités terrestres à partir du dedans, pas en les mutilant dans leurs aspects humains.

Exhorter

La juste et nécessaire visibilité de l’Église et du chrétien n’a rien de commun avec la visibilité envahissante et autoritaire des pouvoirs de ce monde. L’Église est appelée à être la conscience critique de l’humanité, sans entrer en concurrence avec les pouvoirs de la société civile, mais par le témoignage plus qu’avec les paroles.

Introduire au mystère

Le mieux peut aussi devenir ennemi du bien. Toujours mais spécialement le dimanche, l’assemblée eucharistique ne doit prétendre être une caste de purs. Elle est et elle doit demeurer la manifestation d’une Église où personne ne se sent mal à l’aise. C’est pourquoi, en principe, les messes de groupe ne doivent pas avoir lieu le jour du Seigneur.

S. Sirboni