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Les brebis et le berger
Jérémie
23, 1-6
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Les brebis et le berger constituent le thème dominant de ce dimanche qui relie la première lecture tirée du prophète Jérémie, le psaume, l’acclamation à l’Évangile, le texte évangélique extrait de l’Évangéliste Marc et la prière après la communion. Les paroles de Jérémie sont très dures : « Misérables bergers qui laissent périr et se disperser les brebis de mon pâturage! ». Le prophète prononce ses oracles en avertissant les chefs et le peuple de l’invasion assyrienne imminente, mais ses paroles restent sans écho; on l’accuse même de défaitisme. En plus des oracles et de leur importance, le thème théologique sous-tendu à la métaphore du berger et des brebis émerge. Pour Israël, peuple d’abord nomade, il n’y a rien de plus immédiat que l’image du berger qui conduit ses brebis au pâturage. Elles sont l’image du peuple de Dieu et Dieu est reconnu comme le berger de son peuple. Il suffit de relire le psaume 22, psaume de ce dimanche, pour en avoir la preuve. Dieu guide son peuple, il le nourrit, il en prend soin avec sollicitude. Dans l’histoire salvifique, Dieu lui-même choisit quelques personnes comme bergers justement pour que ceux qui appartiennent à son peuple ne soient pas comme des brebis sans berger (cf. Nb 27,17 : la désignation de Josué). Et voici le problème. En manquant à la tâche que Dieu leur a assignée, certains, au lieu de rassembler le peuple – et c’est l’attitude des rois de Juda – le dispersent. Au lieu de le faire prospérer, ils l’exploitent; au lieu de l’écouter, ils en ignorent les demandes : c’est la faute de quiconque est appelé pour guider le peuple de Dieu et qui, en vérité, le trahit. Certes, Dieu peut lui-même rassembler « le reste des … brebis ». En vérité, sa promesse s’étend à la longue vague des autres bergers capables de conduire les brebis vers des pâturages verdoyants de sorte que aucune ne se disperse ou périsse. Et la tension devient promesse et attente du roi messianique, juste rejeton de David qui règnera avec justice et sagesse. Précédé de l’acclamation à l’Évangile tirée de Jean 10, 27 : « Le Seigneur dit : mes brebis écoutent ma voix, moi, je les connais et elles me connaissent », le passage de l’Évangile de Marc semble d’abord indiquer un autre horizon. Rentrés de leur première mission, les apôtres sont invités par Jésus à se retirer dans un endroit désert pour se reposer. Le besoin de Jésus et des siens de trouver la tranquillité, de se soustraire à la pression de la foule qui, le voyant partir, a déjà l’intuition de la direction de la barque, ce besoin est absolument compréhensible. C’est alors que, devant la demande dépourvue de sens, devant la course pour se porter d’avance là où il va se diriger, devant la multitude qui est déjà là pour l’attendre, Jésus est saisi de pitié. Le berger ne peut qu’avoir des entrailles de miséricorde. Il ne peut rester insensible à la demande de ceux qui l’entourent. La tâche du berger n’est pas puissante, elle est humble et discrète. Il est simplement celui qui guide, qui indique la bonne direction. Malheur aux bergers qui manquent à leur tâche, qui n’imitent pas Jésus, leur modèle et qui sont incapables de faire preuve de compassion envers le peuple qui leur est confié! L’annonce pascale nous parvient encore de la lettre aux Éphésiens. Elle présente le Christ (le roi messianique porteur de paix et de justice évoqué par Jérémie) comme notre paix, lui qui, des deux peuples, Israël et des païens, a fait un seul peuple nouveau, les réconciliant en un seul corps par la croix. Ce passage précieux et intense de la lettre aux Éphésiens, le seul qui unisse l’image ecclésiologique du peuple à celle du corps, est fortement marqué par la paix que le Christ est lui-même et qu’il opère. La dynamique salvifique unifiante qui rapproche même les païens est entièrement confiée à la chair du Christ par laquelle tout mur de division est abattu, et la haine détruite. Le Christ, notre paix, est donc le berger dont les brebis écoutent la voix : il les connaît et elles le suivent. Il est le bon berger qui a assumé notre chair et qui, grâce à elle, de l’intérieur, connaît et discerne chacun de nos besoins. Il est le berger dont la présence est rendue présente par d’autres. Le peuple de Dieu, son corps et son épouse, reste donc toujours et partout dans la dialectique de l’écoute et de la suite. Cela vaut autant pour les simples baptisés que pour les pasteurs appelés à les conduire vers la pleine connaissance de leur Baptême. Mais cela exige toujours, chez les uns et les autres, la compassion du Christ envers les siens et envers les foules.
Comme lui, pasteurs et fidèles doivent annoncer le salut, la paix, la
justice et la joie qu’il est Lui-même. En effet, « C’est par lui seul
que nous pouvons nous présenter les uns et les autres au Père en un seul
Esprit ». VIVRE
LE MYSTÈRE Hier comme aujourd’hui, comment Dieu prend-il soin des foules? Les Écritures disent : « Il se mit à les instruire longuement » (Mc 6, 34). Sa Parole console, illumine, libère et sauve! Alors, aujourd’hui, nous sommes invités à avoir le même cœur que Jésus pour les foules de la terre – environ sept milliards d’humains dont seulement un tiers peut-être a entendu la Parole de Dieu – et à nous engager à utiliser tous les moyens pour que l’annonce du salut parvienne même à l’homme le plus égaré et le plus éloigné. •
En ce dimanche, il importerait d’insérer une intention pour les missionnaires
dans la prière des fidèles. Nous devons toutefois nous faire missionnaires
nous aussi, autant que nous le pouvons, pour libérer les foules avec l’Évangile
de Jésus.
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