La tempête sur le lac

 

19e dimanche
du Temps ordinair
e
Ann
ée A – 10 août 2008



Lectures bibliques
1 R 19, 9a.11-13a; Ps 84, 9-14;
Rm 9, 1-5; Mt 14, 22-33


Interpréter

Évangile

Nous ne devons jamais oublier que les Évangiles sont une relecture post-pascale de la vie de Jésus. Sa résurrection éclaire tous ses gestes et ses paroles. Par conséquent, la description de Jésus qui domine le vent et la mer est suggérée par l’intention d’affirmer sa divinité et pas simplement de rapporter des faits. Il y a une référence au psaume 107 où il est dit que Dieu « a réduit la tempête au silence, et les vagues se sont tues. Ils se sont réjouis de ce retour au calme et Dieu les a guidés au port désiré » (29-30). Dans la Bible, la mer est symbole des puissances infernales (cf. Ap 13, 1). C’est pourquoi, Jésus qui marche sur les eaux annonce la victoire sur le méchant et sur la mort.

Dans le récit évangélique, Pierre devient le symbole de l’Église et celui de chaque croyant qui, même s’il est battu par les flots du mal, ne s’enfoncera jamais dans l’abîme s’il a vraiment confiance dans le Seigneur qui lui tend la main. L’Église, comme le chrétien, ne se sauve pas dans la mesure où elle met sa confiance dans les forces venant des puissances humaines mais dans la mesure où elle la met dans la force qui vient du Seigneur, dans la fidélité à l’Évangile de la justice et de la vérité.

Première lecture et psaume

Jézabel, femme du roi Achab (875-854) av. C.), favorise le culte païen de Baal, elle persécute et menace de mort Élie (cf. 1 R 19, 1-2). Fatigué et épouvanté, le prophète monte à l’Horeb, la montagne des commandements et de l’alliance, pour invoquer le juste châtiment de ses adversaires. Cependant, Dieu ne s’identifie pas au vent impétueux ni au tremblement de terre ni au feu. Le Dieu d’Israël ne s’identifie pas aux forces de la nature; il est Autre. Il se présente précédé par « une brise légère » qui calme l’agitation du cœur du prophète et qui éteint le feu de la vengeance. Le Seigneur lui indique un chemin différent. La justice de Dieu n’a pas besoin de la force de l’homme.

Le psaume fait prier avec les paroles qui suivent : « J’écoute : que dira le Seigneur Dieu? Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple, pour ses fidèles… La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin ».

Deuxième lecture

Le passage d’aujourd’hui de la lettre aux Romains est le début de trois chapitres (9-11) qui concernent le salut d’Israël. Saint Paul, l’israélite serait même disposé à être « séparé du Christ » à la condition de voir un unique Israël dans le Seigneur. Il affirme que, pour le peuple de la Première Alliance aussi, les promesses faites à Abraham restent toujours valides, et ineffaçable le privilège d’avoir donné la vie à ce Jésus qui est maintenant glorifié auprès de Dieu. Le Christ est donc les arrhes d’une communion certaine qui trouvera son accomplissement dans les temps et selon ce que Dieu seul connaît.

Annoncer

« Voyant que le vent était fort, Pierre eut peur » et il commença à enfoncer. Même si elle est grande et enthousiaste, la foi, l’adhésion au Christ est en crise, tôt ou tard, et durement éprouvée par les difficultés inévitables de la vie. C’est l’expérience de notre faiblesse qui permet à Dieu de trouver un espace dans notre vie. La personne pleine d’elle-même n’a plus d’espace pour personne.

Enseigner

« Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive ». Quel commandement étrange! On dirait que Jésus veut empêcher ses disciples d’être pris au piège et bouleversés par le triomphalisme après la multiplication des pains et des poissons. En effet, dans le récit parallèle de l’Évangile selon Jean, la foule veut proclamer Jésus roi mais « il se retira seul, dans la montagne » (Jn 6, 15). Cette attitude constitue un enseignement pour l’Église et pour chaque chrétien : nous devons craindre les applaudissements et les adulations plus que les difficultés.

Exhorter

Le prodige de Jésus qui apaise les eaux doit être interprété en continuité avec la multiplication des pains et des poissons. En effet, les deux événements trouvent leur conclusion logique dans la profession de foi des disciples qui reconnaissent sa messianité : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu! ». Comme l’amour, la foi mûrit seulement à travers l’épreuve. Une foi facile, sans tempête, sans la bourrasque du doute, sans obstacle ressemble à une maison construite sur le sable.

Introduire au mystère

La profession de foi solennelle que chaque membre de l’assemblée eucharistique dominicale exprime presque toujours avec le Symbole de Nicée-Constantinople (Ve siècle) n’est pas d’origine liturgique, comme l’est au contraire le Symbole apostolique d’origine baptismale qui est proposé durant les temps de Carême et de Pâques (cf. Missel romain).

La profession de foi avec le Symbole de Nicée-Constantinople est entrée dans la Messe romaine au XIe siècle; c’est la synthèse théologique de la foi de l’Église en la Trinité.
S. Sirboni