L’appel universel au salut

 

20e dimanche
du Temps ordinair
e
Ann
ée A – 17 août 2008



Lectures bibliques
Is 56, 1.6-7; Ps 66, 2-3.5-6.8;
Rm 11, 13-15.29-32; Mt 15, 21-28



Interpréter

Évangile

Il n’est pas superflu de se rappeler que Jésus se retire dans le territoire paganisant et « métis» de Tyr et de Sidon après avoir discuté âprement à Capharnaüm avec certains scribes et pharisiens qui l’accusaient, lui et ses disciples, de ne pas observer les traditions (cf. Mt 15, 1-20). L’attitude sévère de Jésus à l’égard de la femme cananéenne qui le priait pour sa fille malade (« tourmentée par un démon » selon la mentalité et la manière de s’exprimer d’alors) veut mettre davantage en évidence la foi de la femme païenne, par opposition à la dureté de cœur de ces scribes et pharisiens qui se vantent d’observer méticuleusement les traditions. La femme reconnaît humblement la priorité des Juifs, mais Jésus, par ses paroles et son geste qui condescend au désir de la femme, affirme que la foi dépasse les confins d’Israël.
Le Christ se présente comme le Sauveur de toutes les nations, sans distinction de race et sans prétendre qu’elles abandonnent leur culture. La foi dans le Dieu unique incarné en Jésus n’exige pas l’uniformité si ce n’est dans la pratique de la justice et de la charité.

Première lecture et psaume

Le texte prophétique d’Isaïe contient un message de salut universel qui va bien au-delà de la pensée diffusée dans le peuple d’Israël de l’époque. Quiconque adhère au Seigneur pour l’aimer et le servir, quiconque aime le droit et la justice sera conduit à la montagne sainte du Seigneur « car ma maison – dit le Seigneur – s’appellera maison de prière pour tous les peuples ».
La révélation divine ne tombe pas du ciel comme un colis déjà confectionné, mais elle parcourt un chemin qui respecte les rythmes de l’histoire des hommes. Dieu n’est pas pressé, il n’est pas obsédé par l’horloge. Dieu se révèle en respectant les rythmes de croissance de l’homme.
Le psaume chante l’universalité du salut : « Dieu, que les peuples t’acclament! Qu’ils t’acclament, tous ensemble! ».

Deuxième lecture

Le texte paulinien aussi s’harmonise très bien avec le passage évangélique où la femme cananéenne reconnaît le privilège du peuple d’Israël : « les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ».
Avec un amour passionné pour son peuple, saint Paul rappelle les privilèges et la vocation spéciale d’Israël en tant qu’instrument de salut pour l’humanité entière. Avec une thèse paradoxale, l’apôtre affirme que les chrétiens ont obtenu miséricorde grâce à la désobéissance d’Israël qui a permis à Dieu de manifester son amour dans le Christ crucifié. Une mission mystérieuse qui, toutefois, ne pourra pas ne pas devenir un jour motif de salut même pour l’Israël historique.

Annoncer

L’attitude et les paroles de la femme cananéenne soulignent combien, même de ceux « qui sont loin », peuvent venir des professions authentiques de foi que seule la cécité de qui a réduit la religion à un simple patrimoine culturel ne parvient pas à cueillir et à apprécier. La référence aux « petits chiens » n’est pas un hasard; en effet, les juifs observants ne lésinaient pas sur l’appellatif de chiens envers les païens (cf. Dt 23, 19).
Il faut reconnaître que les vrais stimulants provocateurs qui aident le chrétien et l’Église à grandir viennent justement de ceux qui sont loin.

Enseigner

La foi ne se réduit pas à l’observance acharnée des traditions. Au contraire, elle consiste en une vérification continue avec la tradition de l’Église, avec l’histoire et avec le présent qui nous garde de transformer les traditions en simple folklore. L’attention, l’écoute, le dialogue avec les soi-disant « lointains » nous contraignent à vérifier continuellement si les formes de culte et d’évangélisation sont en mesure de transmettre efficacement et correctement le dépôt de la foi.

Exhorter

Dans l’Église, à côté d’une saine recherche de la propre identité, aujourd’hui, il y a malheureusement aussi un concept d’identité ambigu qui n’est pas fondé sur le témoignage humble et respectueux des valeurs évangéliques mais sur la pure défense de traditions, comprises comme patrimoine culturel et pas comme manifestations de foi qui engagent à la pratique de la Parole de Dieu.

Introduire au mystère

Dans le texte original en grec, l’invocation de la femme cananéenne est Kyrie eleison! C’est l’invocation que la liturgie de la Messe met sur nos lèvres au moment du rite pénitentiel et parfois durant la prière universelle.
La référence à la cananéenne nous exhorte à en assumer aussi les sentiments de foi et d’humilité, avec la conscience de notre pauvreté, en mettant notre confiance dans la bonté infinie du Seigneur envers « ceux qui sont loin ». Et qui d’entre nous peut se dire vraiment « proche »?

S. Sirboni