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Je suis le Pain de Vie
Livre
des Proverbes 9, 1 - 6 |
Dès les premières lignes de son Evangile, ce que l'on appelle le « Prologue », Jean médite, avec étonnement peut-être, le refus que Jésus a essuyé de la part de bon nombre de ses contemporains : « Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont pas reçu. » (Jn 1, 11). Pourtant, Jésus, de Nazareth en Galilée, Juif parmi les Juifs, parlait avec les mots, les raisonnements, les images de son temps : ses auditeurs pouvaient donc le comprendre ; mais la majorité ne pouvait pas se décider à le suivre. Notre texte d'aujourd'hui en est encore un exemple impressionnant. Nous sommes au chapitre 6 de l'évangile de Jean ; déjà dans les chapitres précédents, l'évangile nous rapporte comment à plusieurs reprises, Jésus s'est révélé comme l'envoyé de Dieu qui donne la vie au monde ; à chaque fois, il a affronté l'incompréhension, voire même le refus de certains : seuls, quelques-uns entraient peu à peu dans le mystère : ceux qui, tout simplement, je devrais dire humblement, acceptaient de l'écouter et de se laisser enseigner par lui au lieu de commencer par raisonner. Aux noces de Cana, par exemple, heureusement, les serviteurs n'ont pas d'abord cherché à comprendre ! Ils ont obéi tout simplement à l'ordre de Marie « Faites tout ce qu'il vous dira », sinon le miracle ne se serait pas produit. Au banquet des noces de l'Eucharistie, chaque fois que le Christ s'offre à nous, nous sommes replacés devant le choix décisif : accepter de croire, nous laisser nourrir et repartir plus forts... ou bien ne nous fier qu'à notre raison branlante et refuser la nourriture qui nous est offerte ; pour nous retrouver aussi pauvres que nous étions venus. On sent bien que tout au long de l'évangile de Jean se repose cette grande question : croire ou ne pas croire. Si vraiment Jésus est l'envoyé du Père, c'est folie de ne pas accueillir avec émerveillement et reconnaissance le cadeau que Dieu nous fait : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. » (Jn 3, 16). C'est une phrase de Jésus à Nicodème. Au chapitre 4, Jésus parle encore de vie éternelle, mais c'est à la Samaritaine cette fois ; elle est beaucoup moins savante, moins importante, moins vertueuse aussi, très certainement, que Nicodème, qui était un Pharisien fidèle, juge au Grand tribunal de Jérusalem. Curieusement, elle est plus disposée à accueillir la parole de Jésus ; il lui parle d'eau vive, comme à Capharnaüm, quelque temps plus tard, il parlera de pain de vie : « Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; au contraire, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle. » (Jn 4, 13-14). La similitude des deux discours est flagrante : la même proposition de vie, le même appel à la foi ; la seule condition pour recevoir de Jésus le don de la vie, c'est d'y croire ! Et d'ailleurs, aussitôt après la rencontre avec la Samaritaine et l'affirmation qu'il suffit de croire en Jésus pour recevoir la vie, nous en avons comme une application pratique : Jean nous rapporte le récit de la guérison du fils de l'officier de Capharnaüm ; l'officier supplie Jésus : « Viens avant que mon fils ne meure » et il croit sans hésiter Jésus qui lui affirme « ton fils vit ». A l'inverse, tout le problème des opposants à Jésus est là : au lieu de faire confiance à Jésus sans conditions, ils « récriminent » comme Jésus le leur a reproché un peu plus haut : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? « Cet homme-là », sous-entendu n'importe qui ; ils se refusent à reconnaître en lui le « Fils de l'homme » c'est-à-dire l'Envoyé du Père, le sauveur du monde. Je reprends notre évangile de ce dimanche : Jésus parle bien de don, de cadeau : « Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » la vie, sous-entendu la vraie. On le sait bien, que l'homme ne vit pas seulement de pain ; qu'il y a en chacun de nous des besoins profonds que rien ou presque ne peut combler durablement ; nous pouvons bien nourrir nos corps, les gaver même, il reste encore et toujours en nous une autre faim que nous ne savons pas combler nous-mêmes. C'est pour faim-là que Jésus se donne à nous : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. » Déjà le livre du Deutéronome présentait l'épisode de la manne dans le désert comme une pédagogie de Dieu : « Le Seigneur ton Dieu t'a donné à manger la manne... pour te faire reconnaître que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais qu'il vit de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur. » (Dt 8, 3). La
manne, à elle seule, n'était qu'une nourriture matérielle, on pourrait
dire « terrestre », une sorte de pain ; mais par la façon dont elle était
donnée au jour le jour par Dieu, elle éduquait le peuple d'Israël à se
tourner vers son Dieu chaque jour et à attendre de lui sa survie. Il est
là, peut-être le secret : attendre de Dieu notre survie !
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