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Seigneur,
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De plus en plus pressantes, les paroles de Jésus conduisent la foule qui le suit et ceux qui l’interrogent à un point de rupture. L’évangéliste écrit : « Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, s’écrièrent : Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter! ». Le discours du pain de vie dont nous lisons le dernier passage en ce 21e dimanche du Temps ordinaire suscite des difficultés insurmontables chez les disciples mêmes, « beaucoup de ses disciples ». En effet, comment rester à l’écouter et surtout comment comprendre quelque chose qui ne pourra être compris qu’après la Pâque? Comment consentir à la prétention de Jésus de servir sa propre chair et son propre sang comme nourriture et boisson? C’est vraiment difficile de le suivre dans sa demande, dans son mélange de haut et de bas, ciel et terre, dans cette annonce qu’il fait de lui-même, une provenance différente de la provenance naturelle, dans sa revendication de vie éternelle à laquelle il fera participer à condition de manger sa chair. Si bouleversant que soit le discours de Jésus, dans le crescendo qui caractérise ce passage, les expressions qui suivent sont beaucoup plus paradoxales. Jésus fait des reproches aux disciples et, à leurs paroles, il oppose des affirmations plus dures encore : « Cela vous heurte? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant? ». La revendication de sa divinité est explicite. Il a le pouvoir de retourner là d’où il est venu. Toutefois, ce n’est pas cela qui nous intéresse mais plutôt le témoignage qu’il rend à l’Esprit : « C’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien ». Jésus dit encore : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas ». Le thème de l’Esprit traverse l’Évangile de Jean. Déjà présent dans les troisième et quatrième chapitres, il évoque le mystère de Dieu dans sa dimension vitale et vivifiante. Jésus attribue à l’Esprit le pouvoir de donner la vie et il l’oppose à la chair. Les paroles de Jésus sont esprit et vie, Lui dont le mystère ne fait qu’un avec l’Esprit. Cependant, ici, la question vraie et cruciale est celle du choix que Jésus demande pour ou contre sa personne. Il sait bien que la foi de quiconque le suit n’est pas toujours pleinement telle. Et de nouveau, il rappelle : « Personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père ». La foi en Jésus n’est ni subie ni naturelle. Et voici que la crise explose. Plusieurs prennent congé de Jésus, ils cessent de le suivre. Devant ce changement de situation, Jésus demande aux siens : « Voulez-vous partir, vous aussi? ». Nous connaissons la réponse de Pierre. Ici, en Jean, elle tient la place de la confession messianique solennelle rendue par l’apôtre dans les autres Évangiles également, particulièrement articulée dans la réponse que Jésus lui fait, surtout dans l’Évangile de Matthieu (cf. 16, 13-19). Dans l’Évangile de Jean, Pierre demande : « Seigneur, à qui irions-nous? » et il poursuit : « Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le saint de Dieu ». Pierre confesse la messianité et la divinité de Jésus d’une manière forte et solennelle. Nous percevons, et nous le verrons mieux au cours des dimanches qui suivront, qu’à partir de ce moment, Jésus s’approprie le paradigme messianique du serviteur souffrant. Devant un texte si évocateur et si compliqué, on a peine à en isoler la perspective qui convient à la célébration de ce dimanche. Disons que le thème fort, celui qui relie étroitement la lecture évangélique à la lecture vétérotestamentaire est justement celui de la crise et du choix. En effet, le passage de Josué propose de nouveau une situation analogue à celle de Capharnaüm. Ici aussi, les tribus et les anciens d’Israël sont appelés par Josué à faire un choix, à se déclarer, oui ou non, au service de Dieu. Et, en fait, le choix s’effectue en faveur de celui qui a libéré Israël de l’esclavage et qui a accompli de grandes œuvres en sa faveur. Non seulement Josué et sa maison, mais Israël tout entier serviront le Seigneur parce qu’il est leur Dieu. La lettre aux Éphésiens révèle le grand signe et fait allusion aux noces du Christ et de l’Église dont le grand mystère s’accomplit moyennant la chair du Christ qui est aussi la chair de l’Église qu’il a aimée et qu’il a engendrée, qu’il a nourrie de son sang. Le thème des noces comme métaphore du banquet, et par conséquent, de l’Eucharistie est rendu présent par le psaume 33/34 et son refrain : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur! », mais rappelons que son verset 18 évoque la crise, le cri adressé au Seigneur; le cri qu’il écoute en délivrant ses fidèles de l’angoisse et en se faisant proche des cœurs brisés, c’est-à-dire, des coeurs tournés vers lui. C. Militello
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