La marche vers Jérusalem


 

22e dimanche
du Temps ordinair
e
Ann
ée A – 31 août 2008



Lectures bibliques
Jr 20, 7-9; Ps 62, 2-6.8-9;
Rm 12, 1-12; Mt 16, 21-27



Interpréter

Évangile

Le récit évangélique d’aujourd’hui suit immédiatement la profession de foi de Pierre; il est aussi la première des quatre annonces de la passion et de la mort qui marquent la marche vers Jérusalem (cf. Mt chap. 16, 17, 20, 26).

Le voyage des disciples vers la ville sainte, comme le voyage de la vie de chacun de nous, est pour les disciples une sorte d’apprentissage à penser « selon Dieu » et non pas selon les hommes.

Jésus résume la pensée de Dieu sur toute la vie en disant : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera ». Il n’y a pas d’autre voie pour réaliser notre exode vers la terre promise, la Jérusalem éternelle, sinon celle que Jésus a parcourue en portant la croix, symbole du don de soi que chacun est appelé à réaliser pour la cause du royaume de Dieu, pour révéler, comme Jésus, l’amour du Père.

Renoncer à soi-même ne signifie pas mépriser notre vie, mais ne pas « scandaliser » (littéralement : obstacle), c’est-à-dire nous empêcher et empêcher les autres de marcher vers Dieu à travers le mauvais témoignage. Rien ne sert de gagner le monde entier si nous perdons la vie sans fin, cette vie qui se construit jour après jour en vouant notre existence terrestre à la cause de l’Évangile.

Première lecture et psaume

Par le baptême, chaque chrétien est appelé à devenir prophète, c’est-à-dire témoin de la présence, de la volonté et de l’action de Dieu (cf. la prière qui précède l’onction post-baptismale). Aucun prophète de l’Ancien Testament n’a eu la vie facile.C’est une constatation « prophétique! ». Être prophète conduit à être, comme Jérémie, « en butte à la raillerie à longueur de jour ». La vie de Jésus, prophète par excellence, en est la confirmation maximale. Toutefois, malgré la fatigue, la déception et le découragement, Jérémie affirme : « Il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m’épuisais à le maîtriser, sans y réussir ».

Comme tout amour vrai, l’amour de Dieu, et plus encore parce qu’il vient de l’Esprit, est plus fort que tous les obstacles. C’est cet amour que l’assemblée est appelée à invoquer et à alimenter avec les paroles du psaume 62 : « Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu ».

Deuxième lecture

Dieu n’a pas besoin de sacrifices d’animaux, ni de nourriture ni de parfums, et encore moins d’hommages formels. Le culte agréable à Dieu, c’est l’offrande de nos « corps », c’est-à-dire de notre vie « en sacrifice vivant ». L’apôtre Paul précise que ce culte consiste à ne pas se conformer « au monde présent », c’est-à-dire à la manière de penser et d’agir de ceux qui aiment le Seigneur et qui ne pratiquent pas sa justice.

Ce récit paulinien s’insère harmonieusement dans le contexte des autres lectures de la liturgie de la Parole en ce dimanche.

Annoncer

La vie nous a été donnée pour être donnée ou, si nous préférons, pour être restituée. Qui se limite à la garder pour soi, la perd, la dévalue, comme l’argent que l’on cache et qui, de jour en jour, perd inexorablement son pouvoir d’achat.

Jésus dit que « il doit » aller à Jérusalem. Il s’agit d’une nécessité « théologique » pour révéler aux hommes le sens de la vie qui atteint son but seulement si elle se fait don, pour révéler l’amour du Père.

Enseigner

Jésus apostrophe Pierre comme un « satan », terme d’origine juive qui signifie tentateur, menteur. Dans la version grecque de l’Ancien Testament (II s. a. C.), ce terme fut traduit par diabolos (j’insère entre deux choses) qui littéralement signifie « obstacle », c’est-à-dire quelqu’un ou quelque chose qui s’oppose et qui empêche de parvenir au but. En pensant comme les hommes, Pierre devient un obstacle pour lui-même et pour Jésus parce qu’il ne comprend pas la volonté de Dieu et qu’il en empêche la réalisation.

Exhorter

Dans la version précédente de la Bible, la réprimande que Jésus adresse à Pierre « Passe derrière moi, Satan, » était traduite par « loin de moi! ». C’est pourquoi, elle était passée aussi dans le langage populaire pour dire à quelqu’un de s’éloigner. Dans la nouvelle traduction (2007), elle est traduite plus correctement par : « Passe derrière moi, Satan! », c’est-à-dire, ne sois pas un obstacle sur ma route. La personne qui, par son comportement, empêche une juste connaissance de Dieu et de son Église, est un « satan ».

Introduire au mystère

Jésus a offert son sacrifice une fois pour toutes (cf. He 9, 12). Aujourd’hui, c’est nous qui, à la messe, devons nous unir à ce sacrifice unique accompli une fois pour toujours, en conformant notre vie à celle de Jésus, offerte par amour, pour « nous attirer tous à lui ». C’est avec cette conscience que saint Augustin écrivait à propos : « Le sacrifice des chrétiens consiste à être tous un seul corps dans le Christ » (La cité de Dieu, 10/6). Notre sacrifice, c’est l’amour fraternel.
S. Sirboni