Tous prophètes


26e dimanche
du Temps ordinaire
27 septembre 2009

 


CÉLÉBRER LE MYSTÈRE


Nombres 11, 25-29
Psaume 18, 8.10.12-14


La loi du Seigneur
est joie pour le cœur.


Jacques 5, 1-6
Marc 9, 38-43.45.47-48



CROIRE ET VIVRE LE MYSTÈRE

Le fil conducteur qui lie les lectures, c’est la liberté souveraine de l’Esprit dont le don agit au-delà des barrières, au-delà des distinctions de personnes et de fonctions, aussi légitimes qu’elles soient.

Le récit de Marc nous offre encore les instructions que Jésus donne aux apôtres. Il commence avec la préoccupation de Jean à l’égard de quelqu’un qui n’est pas de leur groupe et qui fait quand même des miracles; il chasse « des esprits mauvais » au nom de Jésus. Le disciple voudrait empêcher cet usurpateur de faire des œuvres que, selon lui, seuls les disciples autorisés peuvent accomplir. La réponse de Jésus est désarmante. Il ne faut pas l’en empêcher. Il est impossible que quiconque accomplit des miracles en son nom puisse se mettre contre lui : « celui qui n’est pas contre nous est pour nous ».

Cette affirmation ouvre la section des instructions. Ainsi apprenons-nous que quiconque donnera un verre d’eau à boire aux disciples en son nom, ne restera pas sans récompense. Cependant, les paroles de Jésus touchent surtout le scandale. Au lieu de troubler, d’inquiéter, de scandaliser quelqu’un, il est préférable de couper court définitivement avec celui qui en est l’occasion. Rien n’est plus grave que de compromettre la foi des petits qui croient en Jésus, que de se moquer de leur innocence, de leur confiance simple et immédiate. Il vaudrait mieux qu’on lui attache au cou une meule et qu’on le jette à la mer. Ces paroles très dures, la nécessité, presque l’obligation, de supprimer quiconque est l’occasion de scandale, nous interpelle encore aujourd’hui, habitués que nous sommes à minimiser et à laisser faire…

Le scandale que la lettre de Jacques dénonce violemment est, au contraire, le scandale des richesses accumulées injustement. Ici, les paroles sont très dures. Une sorte de colère destructrice énumère les biens, les vêtements, l’or et l’argent rouillés desquels s’élèveront des flammes qui dévoreront la chair de leurs riches propriétaires. L’invective s’adresse surtout aux richesses accumulées sur l’injustice envers le salarié non payé, le travail exploité. Avec des accents apocalyptiques, le jugement de Dieu semble imminent pour ceux qui ont vécu mollement, satisfaits de se réjouir; ceux-là mêmes qui ont condamné et tué le juste sans qu’il vous résiste.

La lecture du livre des Nombres nous ramène au thème de la prophétie, de l’agir gratuit, libre, absolument libre, de l’Esprit qui agit comme il veut en imposant les règles et en les ignorant, dans sa divine liberté souveraine.

L’épisode bien connu se rapporte à l’institution des 70 anciens qui devaient aider Moïse à guider le peuple. Dieu fait descendre sur eux une partie de l’Esprit qui était sur Moïse et ils prophétisent. En vérité, deux d’entre eux étaient restés dans le camp. Il arrive donc que bien qu’ils soient loin de la tente, ils prophétisent eux aussi. Cela suscite une réaction violente. Josué, fidèle serviteur de Moïse et son successeur à la tête du peuple, demande de les arrêter.

L’analogie du comportement de ce dernier avec celui de Jean, disciple parmi les préférés, est évidente. Toutefois, la réponse de Moïse est plus surprenante encore : « Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes! ». L’histoire salvifique a eu du mal à reconnaître l’Esprit comme Esprit de Dieu, et seul le Nouveau Testament l’a identifié comme Esprit Saint. Et pourtant, nous pouvons parler de l’attente de la venue de l’Esprit comme moment décisif et final, comme indice du temps eschatologique.

Sur cette ligne, les paroles de Moïse augurent, mieux, sont le prélude à l’effusion de l’Esprit sur toute chair dont parle le prophète Joël et que la communauté chrétienne s’approprie en voyant cette attente réalisée dans l‘événement de la Pentecôte. D’autre part, dans le Nouveau Testament, Jésus est considéré comme un prophète, conduit et guidé par l’Esprit qu’il promet en don aux siens. Ayant reçu le sceau de l’Esprit au Baptême et à la Confirmation, tous les membres de son corps sont prophètes. La prophétie commune ne connaît pas de distinctions de race, de sexe, de culture. Nous y participons tous et toutes.

Toutefois, l’Église n’épuise pas la souveraine liberté salvifique de Dieu. L’Esprit souffle en elle et en dehors d’elle. Si la certitude qu’il a posé son sceau sur chacun de nous nous réconforte, c’est avec autant de sagesse que nous sommes invités à rechercher et à discerner les signes qu’il pose aussi ailleurs.

C. Militello