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La vraie sagesse
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CROIRE AU MYSTÈRE Le thème de ce dimanche, c’est la sagesse, comprise comme projet de Dieu auquel il s’en tient lui-même. En effet, la première lecture est tirée du texte très connu de la Sagesse. Salomon n’a pas demandé à Dieu une souveraineté puissante, ni la santé ni la richesse, mais uniquement le don de la sagesse estimée plus que toute autre chose, et qu’il considérait comme source de tout bien et richesse incalculable. Mais qu’est-ce que la sagesse? C’est le don qui permet d’acquérir les choses, de les recevoir et de les évaluer dans la perspective même de Dieu. En effet, la sagesse est prérogative et compagne de Dieu; de plus, elle s’identifie à son projet salvifique. Se mettre dans la perspective de Dieu, évaluer le présent, les personnes et les choses de son point de vue. Y a-t-il sagesse plus grande? Il est clair que parler de sagesse évoque l’intelligence, la pénétration au-delà de ce qui apparaît. Cela demande une capacité de jugement et de discernement en même temps qu’une évaluation de notre être personnel au monde et au monde des autres. Voilà pourquoi le psaume nous fait demander à Dieu de nous enseigner à compter nos jours, c’est-à-dire à les prendre dans leur valeur profonde et vraie; à nous mouvoir comme ses enfants qui, sans le don de la sagesse, sont incapables de rendre compte de leur vie à eux-mêmes. Dans les paroles du psalmiste, sagesse et grâce deviennent une seule chose et Dieu apparaît comme le seul qui puisse rassasier le croyant et, par conséquent, déposer en lui la joie et les chants. S’adresser à Dieu et lui demander de devenir Maître, de manière à conduire à la sagesse, est une réalité que nous trouvons également dans la deuxième lecture tirée de la lettre aux Hébreux. Ici nous voyons le rôle de la Parole de Dieu, comparée à une épée à deux tranchants, capable de pénétrer au plus profond de l’être humain pour en scruter les sentiments et les pensées. Si nous laissons de côté les suggestions d’une anthropologie loin de nous, ce qui ressort, c’est la profondeur indicible, la profondeur du cœur que la Parole de Dieu rejoint et pénètre. Le cœur constitue bibliquement une des clés d’approche de l’être humain; il exprime la profondeur mystérieuse des sentiments, la capacité de correspondre avec l’autre et avec Dieu cordialement. Dans la lettre aux Hébreux, cette proximité cordiale de vie est confiée à la médiation du Fils qui est capable de compatir envers nous, ayant été lui-même éprouvé en toute chose comme nous, excepté le péché. L’acclamation à l’Évangile, que Marc a empruntée à la béatitude promise aux pauvres en esprit, nous introduit à la lecture de l’Évangile qui rapporte l’épisode du jeune riche qui demande à Jésus avec confiance ce qu’il doit faire pour être sauvé. Il a observé la loi depuis sa jeunesse et il reste devant le Maître dans la nudité de son cœur. Jésus pose son regard sur lui et il l’aime. Mais, en se rendant compte qu’une seule chose lui manque pour être parfait, et placé devant l’invitation à vendre tout ce qu’il possède, à le donner aux pauvres et à suivre Jésus, le jeune, s’en va tout triste. La richesse devient un obstacle au salut. En effet, elle rend la radicalité du royaume de Dieu incompréhensible. Les paroles avec lesquelles Jésus commente ce qui arrive sont bien comprises par les disciples qui font remarquer : « Mais alors, qui peut être sauvé? ». En fait, le problème touche les riches et les indigents. La richesse est la métaphore d’une sagesse manquée, d’une évaluation prioritaire des biens de la vie, en apparence, en dehors du projet de Dieu. Il ne faut certes pas minimiser le risque que la richesse comporte. Le paradoxe du trou de l’aiguille rend palpable le risque de l’autosuffisance que comporte la richesse, de manière à devenir une seule chose avec l’égoïsme, le refus de l’autre et la sclérose du cœur. Tout en confirmant la radicalité de la suite – Pierre, au nom des autres, souligne combien le groupe des disciples a laissé personnes et choses pour le suivre – Jésus affirme que tout est possible à Dieu, même libérer de la dureté de cœur et rendre capable de le suivre celui qui, étant riche, est dans une condition absolument défavorable par rapport au royaume de Dieu et sa nouveauté. Toutefois, il faut unir à cela l’éloge de ceux qui accueillent son invitation et qui, laissant tout, le suivent. La radicalité de la suite est une radicalité féconde, mieux, enrichissante.
C’est un fruit perçu en abondance dès maintenant. « Apprends-nous la vraie
mesure de nos jours » n’est pas un gain seulement eschatologique; il se
rapporte aussi au présent. Il est facile de fuir dans l’avenir mais cela
risque d’être aliénant. Compter nos jours, c’est aussi mesurer, organiser
les ressources, penser à une gestion différente de ces dernières avec
équité et dans la solidarité. Il faut une économie sage qui forme notre
vie et en change la qualité ici et maintenant. Le projet sapientiel de
Dieu permet en effet d’acquérir le plus qui contient le moins, et pas
le moins parce qu’il produit le plus.
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