Le Fils, serviteur

29e dimanche
du Temps ordinaire
18 octobre 2009

 


CÉLÉBRER LE MYSTÈRE

Isaïe 53, 10-11
Psaume 32, 4-5.18-20.22

Seigneur,
ton amour soit sur nous,
comme notre espoir est en toi!


Hébreux 4, 14-16
Marc 10, 35-45

CROIRE AU MYSTÈRE

Tiré de l’évangéliste Marc, l’Évangile de ce dimanche nous place devant l’attente, mieux, la prétention de Jacques et de Jean, les fils de Zébédée, qui demandent à Jésus de leur accorder de siéger dans sa gloire, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche.

Participer au pouvoir du Messie, être proche de lui dans la gloire de son royaume, c’est une tentation qui revient dans les quatre Évangiles. Il y a sûrement une sorte de rivalité entre les groupes qui constituent le cercle des Douze, une sorte d’accaparement de privilèges des uns par rapport aux autres.

Quoiqu’il en soit, c’est la réponse de Jésus qui est importante. Il leur demande s’ils sont disposés à boire le calice qu’il va boire et à être baptisés du même baptême dans lequel il va être plongé. La lecture d’Isaïe et le témoignage de la lettre aux Hébreux déclinent aujourd’hui le calice et le baptême dont Jésus parle.

Ayant eu une réponse affirmative, Jésus leur assure et le calice et le baptême, mais pas de s’asseoir à sa gauche ou à sa droite, puisqu’il ne lui appartient pas de l’accorder. La prétention de Jacques et de Jean irrite les autres disciples. À tous, Jésus propose le renversement de ce que l’on considère de nos jours comme pouvoir et exercice du pouvoir.

Si les gouvernants et les chefs des nations dominent et oppriment, parmi les disciples, celui qui veut devenir grand doit se faire le serviteur, et celui qui veut être le premier doit être l’esclave de tous. Et cela, parce que « le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ».

Ce dimanche est donc marqué et modulé par cette affirmation avec laquelle Jésus déloge chaque velléité de ceux qu’il a appelés à sa suite. Il n’est pas un Messie puissant.

Sa mission ne comporte pas la prise de formes de pouvoir qui réduisent à l’esclavage et qui oppriment. Au contraire, il est au service, mieux, il est venu « pour donner sa vie en rançon pour la multitude ». Il est le Messie souffrant qui s’offre lui-même en sacrifice de réparation; il est le serviteur juste qui en justifiera plusieurs en prenant sur lui leurs iniquités (cf. première lecture); il est le grand prêtre qui a partagé nos faiblesses, ayant été soumis à l’épreuve en tout comme nous (cf. deuxième lecture).

Malheureusement, le service dont parle Jésus – les papes, à partir de Grégoire le Grand, ne se définissent pas au hasard comme « servus servorum Dei » - ce service est devenu lui-même pouvoir au sens séculier, parce que du « pouvoir puissant » des dominateurs, il a pris les déclinaisons et les formes. Nous pouvons donc, courir le risque, en commentant les textes de ce dimanche, ou de s’agiter en vain à rappeler la royauté-service qui nous identifie tous en vertu de l’onction messianique reçue dans l’initiation chrétienne ou d’élaborer une récrimination aussi triste que vaine, en montrant du doigt les trahisons multiples qui, aujourd’hui encore, sont faites en rendant le service puissant, en le vidant de sens.

Se faire serviteurs/esclaves comme Jésus en parle a des fortes teintes – la condition du serviteur et plus encore celle de l’esclave est très triste dans le monde ancien et aujourd’hui encore – elle ne minimise et n’ignore sûrement pas la dignité messianique à laquelle nous participons tous sous des formes diverses. Il s’agit plutôt d’une dignité d’autant plus paradoxale qu’elle s’adapte à son roi, « servir, c’est régner » comme nous le rappelle bien la Constitution dogmatique Lumen Gentium (LG 36).

Or, étant donné que nous pouvons aussi régner sans servir le Christ et les autres; au contraire, en exigeant des autres une soumission totale à notre propre pouvoir, l’appel est pressant afin que dans l’Église même, quiconque détient l’autorité et le pouvoir, s’en sert vraiment pour le bien-être des autres, en sachant qu’il est lui-même ministre, donc serviteur.

Au-delà de ces réflexions, il est aussi éclairant de s’interroger toujours sur le projet. Le projet salvifique de Dieu n’est pas hégémonique au sens économique; il n’est pas orienté à succomber à la tentation courante de se substituer à lui : « Bien, serviteur bon et fidèle… entre dans la joie de ton maître », lisons-nous ailleurs (cf Mt 25,21).

Alors, le problème, c’est justement cela. La prière (collecte) nous soutient : « Dieu tout-puissant et éternel, crée en nous un cœur généreux et fidèle pour que nous puissions toujours te servir avec loyauté et pureté d’esprit ». À qui devons-nous d’être loyal ou quel est le modèle de la loyauté? La Lettre aux Hébreux nous parle d’un grand prêtre qui a traversé les cieux, c’est-à-dire du Fils de Dieu qui est venu expérimenter nos limites, se faire mettre à l’épreuve comme chacun de nous. La loyauté dont nous parlons aujourd’hui a le Christ comme modèle. Il faut être loyal à sa venue et à son devenir, à se faire en tout comme nous. Cela nous touche en tant qu’individu autant que comme communauté ecclésiale.

C’est donc du service dont il s’agit mais pas compris d’une manière générale. Le service qui nous revient comme disciples de Jésus est adéquat, cohérent, avec son attitude envers nous de même qu’aux modalités dans lesquelles il l’a vécu lui-même. En premier lieu, c’est le Christ qui a fait preuve d’un cœur généreux et fidèle; c’est lui qui a servi le Père avec loyauté et pureté d’esprit. Demander d’être et d’agir comme lui est donc le défi du chrétien, la condition pour qu’il soit authentiquement et pleinement tel.

C. Militello