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Lumière
pour les aveugles 30e
dimanche
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| CROIRE AU MYSTÈRE Plusieurs fois dans les Évangiles, nous voyons que Jésus porte attention à la maladie, de l’esprit, certes, mais du corps aussi. Mieux, nous pourrions dire que les deux réalités sont liées entre elles comme le prouvent les paroles qui scellent souvent la guérison. Boiteux, aveugles, sourds et muets marquent l’horizon de souffrance qui entoure Jésus. Ces diminutions des sens deviennent une parabole d’une intégrité de la personne que Jésus restitue, en remettant le péché et, en même temps, en redonnant la santé au corps malade. La cécité et les miracles qui la concernent ont ensuite une incidence particulière. Nous nous souvenons tous de la guérison de l’aveugle-né dans l’Évangile de Jean ainsi que sa valeur initiatique. Le miracle que l’Évangile de ce dimanche nous propose ne concerne pas un aveugle de naissance. Bartimée est assis au bord de la route pour mendier. Lorsqu’il entend le bruit de la foule qui entoure Jésus dans cette ville de Jéricho, il commence à crier. Il doit avoir perdu la vue mais nous ne savons pas quand et pourquoi. Autrement, son imploration n’aurait pas de sens : « Rabbouni, que je voie de nouveau! ». Toutefois, Bartimée s’imprime aussi dans notre imaginaire par le cri dont la communauté ecclésiale de tout temps hérite : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi! ». Il est probable que c’est la communauté qui met sur la bouche de Bartimée sa compréhension de Jésus, la profession de sa royauté messianique étroitement liée à la demande de miséricorde et de pardon, au point que souvent la pratique ecclésiale se complète avec l’expression : « Aie pitié de moi pécheur! ». Jéricho, la ville que Jésus va quitter pour monter à Jérusalem est un creuset de sédimentations humaines et culturelles. C’est une étape obligatoire que les Évangiles nous rappellent plusieurs fois. Nous pouvons vraiment imaginer la scène et la cohue ainsi que les cris de Bartimée qui supplie de plus en plus fort tandis que la foule veut le faire taire. Toutefois, Jésus entend son cri autant que ceux, qui dans la foule, au même endroit, ont invité Zachée à descendre du sycomore. La foule hésite, encourage, pressentant l’action qui va guérir. Le résultat : « Va, ta foi t’a sauvé! ». Ainsi, Bartimée recouvre la vue et le suit, lui qui, appelé, a jeté son manteau pour courir vers Jésus. Guérir et assainir : l’initiation chrétienne nous restitue au dessein de Dieu. Elle nous redonne l’amitié avec lui et nous fait participer à sa vie. En ce sens, la vue et la lumière sont synonymes d’un événement qu’on appelle aussi illumination. Cependant, il n’est pas facile de demeurer, de vivre dans la lumière. Notre vue vacille, faiblit, implore la pitié et la miséricorde. L’invocation de Bartimée est donc précisément celle que nous adressons à Dieu en chaque Eucharistie pour qu’il nous rende dignes de célébrer les saints mystères. C’est la demande que la dévotion nous suggère maintes fois, quasi à rythmer, à uniformiser notre vie et le souffle qui la scande, à la demande de miséricorde, de guérison, dont nous avons besoin. Notre difficulté de demeurer à la suite du Christ, d’être vraiment chrétiens n’est cependant pas désespérante ou désespérée parce que notre Dieu, son Fils Jésus, et l’Esprit Saint sont bienveillants et miséricordieux envers nous. La deuxième lecture fait écho à cela. En effet, le Christ, notre grand prêtre « est en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est lui aussi rempli de faiblesse ». La lecture continue de la Lettre aux Hébreux qui nous accompagne ces dimanches-ci a comme thème martelant la participation du Fils de Dieu à nos limites, à notre humanité. Il est inscrit lui aussi comme nous et aussi bien que nous dans l’offrande au Père, pour nous, certes, mais aussi pour lui-même. La Lettre aux Hébreux nous propose aussi autre chose, toutefois, aujourd’hui, il nous semble devoir ramener le texte surtout au thème de la compassion, de la participation passionnée du Fils de Dieu à notre condition. Il répond au cri de Bartimée qui est aussi le nôtre. Il nous pardonne et nous guérit. Cette certitude, cette confiance en l’océan de sa miséricorde motive la joie chrétienne. En ce dimanche, elle sert de contrepoint au thème de la guérison. « Soyez dans la joie…» dit le chant d’entrée; « Le Seigneur a fait des merveilles pour nous » ajoute le refrain du psaume; « Notre Sauveur, Jésus Christ a vaincu la mort; il a fait resplendir la vie », acclamons-nous à l’Évangile; « Seigneur, nous exulterons… et nous nous réjouirons…». Ce contrepoint joyeux est soutenu par la première lecture.
Le prophète éclate dans un chant d’espérance; il console le peuple qui
vit la tragédie de la défaite et de la destruction en indiquant un avenir
de salut. « … Il y a même parmi eux l’aveugle et le boiteux, la femme
enceinte et la jeune accouchée; c’est une grande assemblée qui revient.
Ils étaient partis dans les larmes, dans les consolations, je les ramène…».
Le psaume reprend : « Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie.
Il s’en va en pleurant, il s’en vient dans la joie…».
VIVRE LE MYSTÈRE Jésus, lumière du monde, guérit un aveugle à Jéricho, la ville la plus antique du monde, à ce que nous savons. Jésus monte à Jérusalem où les événements de la Pâque l’attendent. Mais comme il l’a dit ailleurs, aussi longtemps qu’il y a de la lumière, il agit. En guérissant l’aveugle qui crie vers lui, nous connaissons son cœur capable de compassion envers celui qui crie. Mais le Maître fait également un geste symbolique. En effet, il faut aussi que le regard de foi des disciples soit guéri en vue des événements de sa Pâque; en fait, ils en resteront éprouvés et scandalisés. L’imploration de l’aveugle est aussi devenue une prière célèbre dans la tradition chrétienne de l’Europe de l’est. Le petit volume “Les récits d’un pèlerin russe” l’a rendue fameuse et l’a fait connaître. C’est la prière de Jésus, ou du Nom, ou bien du cœur. L’invocation qui permet la prière continue parce que, en s’accompagnant au rythme de la respiration, même dans le sommeil, l’orant la murmure au Seigneur. On la répète trente, cinquante, cent fois sur une sorte de chapelet aux grains de fil de laine. Elle est typique des moines et des ermites et des simples chrétiens aussi. Sa formule : « Seigneur Jésus Christ, Fils de David, aie pitié de moi pécheur! » est une grande profession de foi nous expliquait un moine de tradition russe. Avec l’invocation : Seigneur Jésus Christ, nous proclamons qu’il est Dieu, le Verbe incarné en la personne de Jésus de Nazareth, fils de Marie, il est le Messie promis. Avec les paroles Fils de David, nous proclamons que Dieu est fidèle aux promesses faites à David et qui ont été accomplies en Jésus. Aie pitié de moi pécheur, c’est la demande de salut total apprise des psaumes et reprise par l’Église, peuple totalement pardonné et plongé dans la miséricorde. « Seigneur Jésus Christ, Fils de David, aie pitié de moi pécheur! ». C’est une puissante prière de guérison intérieure. La puissance du nom de Jésus guérit le corps et l’esprit, l’homme total, comme le montrent les apôtres qui, après la résurrection, guérissent au nom de Jésus. Ceci continue dans l’Église où Jésus est toujours agissant par sa puissance. Lorsque l’Église évangélise, elle doit le faire aussi dans la foi de sa puissance qui sauve. L’écoute de la Lettre aux Hébreux en cette année dédiée au sacerdoce de Jésus auquel l’Église et ses ministres participent est plus que jamais opportune ces dimanches-ci. Aujourd’hui, on souligne que Jésus est le prêtre choisi par Dieu, et qui par sa souffrance, est en mesure d’avoir pitié de tous les humains. Il est le Fils. Dieu ne l’avait jamais dit à personne!
Nous voulons louer Dieu aujourd’hui et toujours de nous avoir donné un
médiateur qui quelques uns, nos pasteurs, évêques, prêtres et diacres
soient le sacrement de sa médiation et que, par leur ministère, nous puissions
accomplir notre service sacerdotal en tant que peuple.
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