Au milieu de vous
se tient Quelqu’un


11 décembre 2011
3e dimanche de l’Avent B

Lectures bibliques

Is 61,1-2.19-11
Psaume Lc 1,46-54

Mon âme exulte en mon Dieu.

1 Th 5,16-24
Marc 1,6-8.19-28

Avec le troisième dimanche de l’Avent, nous sommes désormais proches de Noël, d’où l’invitation à nous réjouir : « Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps; je vous le répète, réjouissez-vous! »(Ph 4,4-5).

La venue imminente du Seigneur est le premier motif de notre allégresse. C’est Lui la joie la plus authentique et la plus profonde comme l’écrivait aussi le père P. Mazzolari : « La vie de chacun de nous est une attente. Le présent ne suffit à personne. Le regard et le cœur sont toujours en avant, au-delà de la joie passagère, au-delà de la limite de notre bien, au-delà des buts atteints grâce à une dure fatigue. Dans un premier moment, il nous semble que quelque chose manque; plus tard, nous nous apercevons que Quelqu’un nous manque. Et nous l’attendons ».

Un deuxième motif nous est suggéré par Isaïe, prophète messianique par excellence (première lecture). Comme nous le savons, en hébreu, le terme messie signifie oint. L’Oint du Seigneur inaugurera l’année de grâce, affirme le prophète. C’est en Lui que la nouvelle alliance sera établie de nouveau. D’où l’importance du symbole du vêtement nuptial que le nouvel Israël a reçu de l’Époux – Messie. Et avec le vêtement, le manteau de la justice, le diadème royal et les bijoux. Le rapport renouvelé entre Dieu et son peuple inaugure des relations nouvelles entre les humains : une joyeuse annonce est faite aux pauvres; ceux qui souffrent sont consolés; les esclaves sont libérés et les prisonniers relâchés.

Un troisième motif vient aussi de l’Apôtre qui, dans sa première lettre aux Thessaloniciens, exhorte : « Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance » (1 Th 5,16-18, deuxième lecture). Dès le début, l’Église de Thessalonique avait soutenu de nombreuses difficultés. Malgré tout, elle vit dans la joie permanente grâce à la présence de l’Esprit.

Au contraire, l’Évangile d’aujourd’hui présente d’une part, le témoignage de Jean Baptiste, de l’autre, le rôle de sa médiation dans le discernement de la présence du Messie dans l’histoire.

« Qui es-tu? »

B. Maggioni écrit que « dans la conception de foi de Jean, le témoignage est essentiel. Le Lògos ne révèle pas ouvertement et directement son origine. Il faut l’accueillir dans la chair, et quiconque a le don de l’accueillir (comme Jean Baptiste qui fut éclairé alors qu’il baptisait Jésus), a le devoir de lui rendre témoignage ».

Le témoignage du Baptiste est double. Devant une délégation de prêtres et de lévites envoyés l’interroger afin qu’il dise avec quelle autorité il baptise, il répond par une triple négation. Il n’est pas le Christ, ni Élie ni le prophète (ces deux figures devaient précéder le Messie). Puis, il affirme ce qu’il est : « Je suis la voix qui crie à travers le désert ».

Remarquons que le Baptiste ne dit pas je suis, formule réservée seulement à Jésus, mais je suis la voix. Jean Baptiste se perçoit seulement comme une voix criant la Parole, Jésus Christ, dont il est témoin. Mais Jean Baptiste est aussi la voix qui crie l’attente de Dieu. La voix d’Israël comme la voix de l’humanité de tous les temps. La voix de chacun de nous dans son besoin de salut.

Il y a un autre aspect! Il s’identifie à la voix du Deutéronome (Is 40,3), là où le prophète invitait Israël à espérer de nouveau et à entreprendre le nouvel exode. Le premier exode, de l’Égypte à la terre promise avait été l’exode de l’esclavage à la liberté; le deuxième, de Babylone à Jérusalem, avait été l’exode du péché à l’alliance renouvelée; le troisième, celui que Jésus inaugure et dont le Baptiste est le précurseur, c’est l’exode du salut définitif.

Jean affirme : « Au milieu de vous se tient Celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1,26). Dans cette affirmation, nous trouvons l’écho de l’attente populaire du Messie caché (cf. Jn 7,27; Mt 24,23-27) que seul Dieu peut révéler. Quoiqu’il en soit, Jean l’indique désormais comme étant présent. L’Épouse (le peuple messianique) appartient au Messie et personne ne peut le remplacer.

Témoins du Verbe incarné

La figure de Jean Baptiste nous porte à une réflexion sur la signification et sur la valeur du témoignage. A propos, il est intéressant de remarquer combien dans le quatrième Évangile, le Précurseur est toujours appelé seulement par son nom, Jean, et jamais avec l’ajout Baptiste. L’évangéliste a soin de souligner son rôle de témoin plutôt que son activité de baptiseur. Mais quels sont les principaux traits caractéristiques du témoignage évangélique?

Tout témoignage part d’une expérience personnelle de Jésus Christ; une expérience si forte et si engageante que le sujet, pleinement identifié à Lui, en devient le rayonnement. On a écrit que le témoin authentique ne démontre pas le Christ, mais qu’il le montre. A la base du témoignage, plus qu’un savoir subjectif, nous trouvons donc une connaissance vive. Il s’ensuit que le témoignage ne se limite pas aux seules paroles mais qu’il est une communication de toute la personne, dans son être et dans son agir. Certes, cela n’est ni immédiat ni simple. Souvent, le monde qui entoure le témoin est hostile. D’où la nécessité de la franchise courageuse (Ac 4,31) si nécessaire, jusqu’au don de la vie (martyre).

A côté du témoignage qui va jusqu'à l’héroïsme, nous trouvons cependant des formes de contre témoignage sur lesquelles il faut veiller. Nous savons qu’au sein de la communauté chrétienne, il y a ceux qui « disent et ne font pas » (Mt 23,3). C’est le scandale de la fiction ou de l’hypocrisie.
Non seulement, mais il y aussi des hommes et des femmes qui poursuivent le mensonge et pas la vérité, entraînant même les autres dans leur erreur. C’est le scandale de la méchanceté. Jésus a des paroles extrêmement sévères à leur endroit (cf. Lc 17,2-3).

Enfin, il y a ceux qui affirment ne rien faire de mal. Cela aussi, c’est un scandale, pas moins grave que les précédents, le scandale du témoignage débandé, propre aux chrétiens tièdes, sans profondeur intérieure, sans aucun élan, et qui n’attendent peut-être plus rien.

En ce nouvel Avent, l’attente du Seigneur doit nous rendre attentifs aux signes de sa présence parmi nous, dans notre vie personnelle et communautaire; elle doit aussi nous secouer d’une certaine torpeur en vue d’une foi plus vivante, sentie et convaincue.

Si le chrétien est une personne en attente et s’il a la claire conscience d’attendre QUELQU’UN, le monde aussi, même dans ses contradictions, attend. Il attend la rédemption, le sens et l’orientation. Parmi ses frères en humanité, le chrétien saura être un signe d’espérance en indiquant, par sa vie, Jésus Christ, voie et vérité et vie.

« Il viendra, un soir sera le dernier soir du monde.
Un silence d’abord et l’hymne éclatera.
Un chant de louange sera le premier mot dans l’aube nouvelle ».


Alexandre C. osb