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Jésus, le Temple
CÉLÉBRER LE MYSTÈRE
Dieu, tu as les paroles |
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CROIRE AU MYSTÈRE L’exiguïté du texte de Marc pour l’année B exige de recourir plusieurs fois à l’Évangile de Jean. Il faut dire, d’ailleurs, que traditionnellement, nous lisons les récits de Jean aux trois derniers dimanches de Carême. Le parcours vers Pâques de l’année A voit se succéder les icônes johanniques de la samaritaine, de l’aveugle-né, de Lazare rendu à la vie. Il oriente donc vers l’illumination baptismale dans le signe de l’eau, de la vue, de la vie rendue. Eau, lumière, renaissance sont autant de métaphores de la vie/lumière nouvelle à laquelle le chrétien est appelé. Ce sont des métaphores, mémorial du Baptême pour ceux qui s’y préparent comme pour ceux qui l’ont déjà reçu. Les parcours des deux autres années intègrent eux aussi leurs thématiques avec des péricopes johanniques. En ce 3e dimanche, nous lisons Jn 2, 13-25. C’est un récit compliqué qui s’ouvre sur la réprobation violente de Jésus à l’égard de ceux qui profanent son temple. Et parce qu’on lui demande de quelle autorité il chasse les vendeurs de bœufs, de brebis et de colombes, les changeurs qui sont là assis, la question est pour lui l’occasion de renverser et de donner le vrai sens de la figure même du temple, en se l’attribuant, et donc, en annonçant justement la destruction du temple et sa reconstruction après trois jours comme signe d’autorité de son action. À la manière des prophètes, Jésus fait de la polémique contre l’abus du temple, contre le marché sacré qui, alors comme de nos jours, caractérisait les lieux de culte les plus significatifs dans l’imaginaire populaire – nous pourrions la considérer comme une constante interreligieuse. Jérusalem vivait aussi du temple, des pèlerins qui y accouraient pour s’acquitter des dispositions rituelles ou tout simplement pour le visiter. Jésus fouette les vendeurs de toute espèce et il crie contre ceux qui ont transformé la maison du Père en marché. Mais il va plus loin, évidemment, en donnant une autre valeur au temple même. Le temple dont il parle maintenant n’est plus le temple de pierre que le roi Hérode a édifié magnifiquement avec une opération de construction qui a duré plus de quarante ans et que l’armée de Titus détruira complètement en 70. À présent, le temple, c’est Jésus lui-même. Le temple, c’est son corps qui, consigné à la mort, ressuscitera le troisième jour. Évidemment, les disciples ne comprennent ni le renversement de la métaphore ni la métaphore même. Ils comprendront seulement après sa résurrection, et alors ils croiront. L’intériorisation du temple, qui d’un lieu médiateur de la présence devient le Fils présent lui-même, est théologiquement importante. Il ne s’agit plus de la demeure ou de la tente de réunion. Il ne s’agit plus du temple de Salomon et de celui qui a été reconstruit par des survivants revenus d’exil, ou de celui d’Hérode souvent fréquenté par Jésus. Dieu ne se sert plus d’une habitation semblable à celle des hommes; il n’accepte pas comme lieu de présence au sein de son peuple les variantes d’habitation qui ont caractérisé semblablement Israël, même dans le passage de la vie nomade à la vie sédentaire. À présent, le temple, c’est Jésus, le Dieu avec nous, l’Emmanuel. Le temple, c’est son corps livré pour nous; le temple, c’est son corps qui est l’Église. Ce sont toutes des choses que seule la Pâques dévoile en rendant active le souvenir des paroles et des gestes du Seigneur Jésus. À sa lumière seulement, les disciples comprennent, témoignent et annoncent. Les nombreuses personnes, qui croient en lui à cause des signes qu’il a accomplis mais qui se ferment, restent en dehors de la complexité de ce parcours. Jésus le sent bien. Il connaît la profondeur du cœur des êtres humains, par conséquent, il ne se fie pas à leurs fragiles expressions d’approbation. Comme l’affirme la lecture de Paul aux Corinthiens, la foi ne germe pas à partir des signes, c’est ce que demandent les Juifs; ni de la sagesse, c’est ce que les Grecs cherchent. La foi s’enracine dans le Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens. Pour les appelés, qu’ils soient Juifs ou Grecs, le Christ est puissance et sagesse de Dieu. La véritable illumination rompt avec les catégories évidentes et prévues. Paul recourt à l’antonyme puissance/faiblesse – folie/sagesse précisément pour montrer combien le parcours de Dieu est différent, combien son salut est autre, combien il rencontre vraiment l’être humain dans le scandale ignominieux d’un échafaud, dans le scandale – nous revenons à Jean – d’un corps qui est maintenant le vrai temple, le vrai lieu de rencontre entre Dieu et l’humanité. Le salut chrétien est un salut corporel. Le corps qui nous sauve, c’est le Christ Seigneur, son corps, c’est l’Église dont nous sommes les membres. Le temple, c’est lui et c’est nous, temple habité par l’Esprit.
L’architecture de ce 3e dimanche de Carême reste marqué par le thème
christologique du temple et par son adaptation ecclésiologique. Le thème,
c’est la vraie vie, le salut devenue proche : Dieu a tant aimé le monde
qu’il a donné son Fils unique; qui croit en lui a la vie éternelle.
VIVRE LE MYSTÈRE
Quand j’aurai montré ma sainteté en vous, je vous prendrai d’entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays. Je ferai sur vous une aspersion d’eau pure et vous serez purs; je mettrai en vous un esprit nouveau (cf. Ez 36, 25-26). Aujourd’hui, c’est pour toutes nos communautés que retentissent les dix paroles qui constituent et font vivre le peuple de Dieu dont la vie même est un acte de culte, un exercice continuel de liberté et de libération. Les normes sont la condition pour demeurer dans la liberté et dans la communion avec Dieu. Il faut toujours revenir au début, à la libération de l’esclavage, à la sagesse de la croix qui nous enseigne à passer de l’observance des préceptes à l’amour. Aujourd’hui, le geste prophétique de Jésus dans le temple nous amène à contempler la réalité de sa personne humaine/divine comme le lieu où habite la plénitude de Dieu. Le temple ancien ne sert plus, et pourtant, il est saint, anticipation et prophétie du temple véritable. Alors, un regard sur nos églises : elles aussi sont relatives à Jésus. Notre seul temple, c’est Jésus Christ et son corps répandu, l’Église constituée par les baptisés en lui. Les édifices sont des symboles, de même que les autels : le Christ est notre Temple, l’Autel, celui qui est offert et celui qui offre, le Prêtre et la Victime. Édifiés en lui, comme des pierres vivantes, nous formons un édifice spirituel où se consume le culte en esprit et vérité, c’est-à-dire dans le Christ et dans l’Esprit Saint. Quelle pierre suis-je donc? L’édifice peut-il compter sur moi? Suis-je vivant de la vie de Dieu? C.
C. |