La conversion,
en tant que suite


22 janvier 2012
3e dimanche du Temps ordinaire

Lectures bibliques

Jonas,1-5.10
Psaume 24,4bc-9

Fais-nous connaître tes chemins,
Seigneur!

1 Co 7,29-31
Mc 1,14-20

La conversion est le thème unifiant de ce 3e dimanche per annum.

La première lecture tirée du livre de Jonas parle d’une triple conversion : d’abord, celle du prophète qui revient à Dieu après avoir désobéi au commandement divin d’annoncer la conversion aux habitants de Ninive, ennemis traditionnels d’Israël; celle des Ninivites qui, d’une manière inexplicable, reviennent a Dieu (de façon exemplaire) après la prédication du prophète; enfin, celle de Dieu lui-même qui, devant la réponse généreuse des Ninivites, transforme sa colère en miséricorde.

Le drame de Jonas naît substantiellement de la crainte que la miséricorde divine couvre l’injustice. Mais la miséricorde n’annule pas la justice. Pour Dieu, et Jésus le révélera par ses actes et ses paroles, être juste, c’est être miséricordieux : « Et moi, je ne serais pas en peine pour Ninive, la grande ville, où il y a plus de cent vingt mille êtres humains qui ne distinguent pas leur droite de leur gauche, ainsi qu’une foule d’animaux? »(Jon 4,11). Il aurait été injuste de faire périr cent vingt mille personnes incapables de distinguer la droite de la gauche, c’est-à-dire, les enfants qui n’ont pas l’usage de la raison.

L’Évangile d’aujourd’hui souligne aussi l’urgence de la conversion. Jésus affirme que le Règne de Dieu est tout proche; c’est une offrande gratuite. Cependant, son entrée est réservée à quiconque l’accueille librement. Se convertir signifie se tourner vers Jésus Christ, Évangile de Dieu, et entreprendre une marche à sa suite.

«Après l’arrestation de Jean»

Essayons de saisir la portée des premières paroles de Jésus. D’abord, la situation historique : l’arrestation de Jean Baptiste. Ce fait est une préfiguration du sort qui attend Jésus (cf. Mc 3,19). Puis, nous avons la situation géographique : Jésus se rend en Galilée, c’est là qu’il proclame l’Évangile de Dieu. La Galilée est le lieu où Jésus a grandi, a travaillé. Nous pourrions dire que la Galilée est le lieu du quotidien qui devient toutefois le lieu théologique.

Jésus fait deux grandes affirmations. La première : « les temps sont accomplis »(Mc 1,15). Le temps dont il s’agit ici n’est pas le chronos mais le kairos. Le chronos, c’est le temps qui court, le temps de la consumation; au contraire, le kairos, c’est le contenu du temps, le temps qualitatif. Jésus annonce l’accomplissement du temps plein, qualitatif, salvifique. Et c’est précisément sa présence qui qualifie le temps, qui le remplit de sens et de beauté! N’oublions pas non plus que Jésus rappelle ses interlocuteurs à la valeur du présent.

… Sylvain Fausti note à propos que « le temps opportun arrive lorsque nous comprenons que l’heure de décider, c’est maintenant. Le moment définitif, c’est la décision elle-même. Le présent est donc le point où conflue ce qui a été et dont coule ce qui sera, les deux, assumés dans une décision qui donne son sens au passé et sa signification au futur ».

La deuxième affirmation concerne le Règne : « Et le règne de Dieu est proche » (Mc 1,15). Le Règne représente la seigneurie de Dieu : une seigneurie de justice et de miséricorde sur le monde. Ce Règne est proche-dit Jésus - pour signifier que les effets de l’avènement du Règne demeurent dans le présent, et rejoignent donc le lecteur d’aujourd’hui, nous tous. D’où deux conséquences : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1,15). Marc explicite ce que ça implique de se convertir et de croire avec le récit successif de l’appel des deux premiers disciples où, si elle est accueillie, la parole de l’Évangile de Dieu engendre la communauté chrétienne et inaugure la suite du Christ.

«Venez derrière moi»

Si nous nous en tenons au récit, se convertir et croire signifie substantiellement suivre Jésus. Toutefois, attention, il ne s’agit pas d’une suite générique. Notre passage évangélique souligne deux choses importantes à ce sujet. Suivre implique de «laisser là les filets», c’est-à-dire leur travail, l’identité professionnelle. Mais cela ne suffit pas : il faut quitter aussi les liens affectifs (le père) et sociaux (lesouvriers).Mais ce n’est pas encore tout; ce qui est important, c’est la personne de Jésus : « Venez derrière moi » (Mc 1,17). Alors, la suite n’est pas faite de prestations, de diaconies et de ministères. Même si elles sont nécessaires, toutes ces prestations sont une conséquence et elles ne sont pas toujours essentielles. C’est Jésus Christ qui constitue le sens, la force et la beauté de la suite. Puis, suivre signifie se mettre derrière lui. Pas devant et même pas à côté, mais derrière. Après l’annonce de la passion faite par Jésus, ce sera Pierre qui se mettra devant le Maître et qui lui fera des reproches. Mais en le grondant, Jésus le renverra à sa place en l’apostrophant comme un Satan, c’est-à-dire un obstacle sur la route vers la croix (« Passe derrière moi, Satan! » (Mc 8,33). Jacques et Jean voudront se placer à côté de lui pour partager, dans un rêve de messianisme politique, son pouvoir et son autorité. Jésus leur répondra qu’il est venu pour servir et non pour se faire servir, et que ce service constitue le visage profond de l’Église (cf. Mc 10,35-45).

La conversion et la suite

L’appel de Dieu s’adresse à tout un chacun, même au pécheur (cf. première lecture); il se perd dans sa miséricorde et se traduit en offrande gratuite de salut. Toutefois, l’être humain doit accueillir ce don par une réponse de foi (croire) à l’Évangile) et de vie (se convertir).

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, nous avons voulu souligner combien, pour le disciple, la conversion doit se traduire en un marche (jamais terminée) derrière le Christ. Le point central, c’est précisément Jésus Christ. En effet, Marc veut conduire graduellement son lecteur à Jésus afin que, dans une communion de vie, il puisse le confesser comme Messie et Fils de Dieu (cf. Mc 1,1). Si, dans les autres religions, c’est le livre qui catalyse l’attention aimante du disciple, ou bien, c’est la démarche ascétique qui garantit l’accomplissement spirituel, dans le christianisme, c’est Jésus seul, et c’est « pour lui, en l’aimant plus que les merveilleuses affections humaines, que nous sommes chrétiens » (E. Bianchi).

Il y a un autre aspect. À quiconque le suit, Jésus fait une promesse : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Mc 1, 17). En tenant compte de la valeur symbolique de la mer, image de mort, la Parole de Jésus veut dire que quiconque le suit est déjà pêché par lui (ramené de la mort à la vie). Comme son Seigneur et Maître, il devra conduire ses frères de la mort à la vie (cf. Lc 5,6), en leur annonçant l’Évangile de Dieu, en chassant les démons et en guérissant toute sorte de maladies (cf. Mc 16,15-18).


Alexandre C. osb