|
|
Que
tout se passe pour moi selon ta parole! 18
décembre 2011 Lectures
bibliques |
|---|
|
«
La foi est une main qui te prend les entrailles, Le quatrième dimanche de l’Avent attire notre attention sur une des pages les plus sublimes de la Révélation : l’annonce à Marie (Lc 1,26-38). À travers ce langage visible qu’est l’art pictural, le bienheureux Angelico l’a relue en clé nuptial. De même la poésie, avec sa force évocatrice. Nous pensons par exemple à R. M. Rike qui, se tournant vers Marie, exclame dans une de ses œuvres : « Dieu descendit de sa lumière, et tu étais pour sa foi, la coupe la plus belle ». Mais comment Marie, icône de l’humanité, s’est-elle placée devant ce Dieu qui lui demandait un sein pour s’incarner, un cœur pour être aimé, des mains pour en prendre soin, pour le caresser et le protéger; ce Dieu qui venait dans le besoin extrême d’un bébé demandant d’emprunter racine, vie, visage et paroles, comme aimait le dire Paul Claudel? Le OUI de la foi Au désir du roi David de construire un temple à Dieu (première lecture), le prophète Nathan répond en rappelant au souverain que ce n’est pas lui qui construira une maison de pierre pour le Seigneur, mais le Seigneur qui édifiera pour lui une maison de pierres vivantes, c’est-a-dire une descendance (voir aussi le psaume 88). La langue hébraïque joue ici sur l’ambivalence du mot bajit que nous pouvons traduire par maison ou habitation. C’est donc l’histoire, le lieu où Dieu veut demeurer; ce n’est pas tout, au sein de la lignée dynastique, Dieu promet un fils de David, un descendant parfait qui inaugurera son règne dans la justice et dans la paix. La prophétie s’accomplit lorsque l’ange annonce à Marie : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ». Marie croit à cette parole. Pour comprendre la profondeur de son acte de foi, nous devons savoir que lorsque cette annonce advient, la dynastie royale est désormais disparue. En renouvelant sa promesse, Dieu reprend donc l’Histoire du salut. Mais attention! Il ne le fait pas en choisissant une personne haut placée, forte, riche, mais en tournant le regard vers Marie, une jeune femme de Nazareth. Comme nous le savons, Nazareth était une ville située au nord de la Galilée, une localité méprisée, marginale. Le seul mot galiléen était synonyme de maudit et de sans Dieu (cf. Jn 1,46; 7,41-52). Étonnant aussi le fait que Dieu s’adresse à une femme alors que, dans la culture du temps, elle avait peu d’importance sociale et religieuse. Un rabbin affirmait qu’il était préférable de brûler la Torah plutôt que de l’enseigner aux femmes. Non seulement, Dieu reprend son dessein salvifique, mais il opère des choix incroyables. Et si, comme nous le disions, Marie donne son assentiment de foi, nous pourrions dire qu’aussi grande est la foi de Dieu qui a pleinement confiance en ce qui aux yeux du monde (même religieux) était considéré comme insignifiant. Tertullien écrivait : Il n’y a rien dans l’agir de Dieu qui ne déçoive l’esprit humain autant que la disproportion entre la simplicité des moyens utilisés et la grandeur des effets obtenus. La joie de la foi Mais que fut pour Marie ce fiat plus frêle qu’un souffle et lien de toute une vie? Sa foi comme la nôtre a, certes, connu la fatigue du bouleversement. Luc emploie un verbe qui est employé dans les Évangiles pour indiquer le raz de marée. La Parole de Dieu est donc un événement qui bouleverse mais qui ne paralyse pas. En effet, Marie s’interroge, réfléchit, cherche à comprendre et c’est dans un silence de réflexion, dans ce bon sens que va éclore son OUI total, joyeux et sans réserve à Dieu : « Voici la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole ». Ainsi traduites, les paroles de Marie semblent être l’expression d’une grande disponibilité. Mais faisons émerger leur beauté. «Voici» : Marie se consigne à la Parole entendue. Elle remet à Dieu son cœur et son corps, le présent et le futur. «Je suis la servante du Seigneur». Dieu l’avait appelée (préférée, aimée); elle, au contraire, se définit comme servante. Marie est l’aimée et la servante, celle qui a reçu gratuitement et qui donne gratuitement. «Que tout se passe pour moi!». Ici, nous avons un verbe important : advienne (se passe). Dans notre texte, il exprime la disponibilité, l’enthousiasme et la joie. Un trait important de la physionomie intérieure de Marie émerge. Devant la Parole de Dieu, elle n’a pas fait preuve d’une simple soumission ni d’une obéissance acritique. Elle n’a pas dit OUI seulement parce que c’était Dieu qui lui parlait. La Parole du Seigneur n’a pas été pour elle une volonté imposée. Marie a voulu cette Parole de tout son être; elle l’a fait sienne avec joie.
Nous nous sommes demandé comment Marie s’est placée devant Dieu lorsqu’il
s’est fait chair. La page de Luc nous a révélé la densité de sa foi,
libre, disponible, intelligente. Ainsi Marie est-elle devenue le tabernacle
de Dieu, la nouvelle Sion, la prophétie de la Jérusalem eschatologique
où il n’y aura plus de temple, parce que Dieu et l’Agneau seront son
temple (cf. Ap 21,2-3). Le protagoniste invisible qui nous interpelle Nous concluons notre lecture par une remarque assez évidente. Si, avec l’ange, Marie domine toute la scène, le protagoniste principal, même s’il est invisible, c’est Jésus Christ. En effet, le récit de Luc est un essai vigoureux de synthèse christologique, en particulier aux versets 32-33.35, cœur de la péricope évangélique. Jésus est proclamé dans une sorte de credo en miniature, comme Fils du Très Haut et Fils de Dieu. Le premier titre est de nature messianique; le deuxième souligne la relation filiale du Messie avec Dieu.
Désormais arrivés au terme de la route de l’Avent accomplie dans l’espérance,
et accompagnés par les grands témoins Isaïe, Jean Baptiste et Marie,
nous sommes invités à vérifier notre foi pour pouvoir vivre vraiment
la Nativité du Christ où « nous célébrons notre début même » disait
saint Léon le Grand. Célébrer Noël signifie donc vivre comme des créatures
nouvelles, accueillir avec émerveillement une parenté qui s’étend à
chaque personne, partager le sort de tout être humain comme notre frère
(sœur) parce que Jésus Christ a pris sur lui la fatigue, la joie, la
souffrance, la mort, l’espérance et la vie sans fin de tout un chacun.
|