Élevé de terre




4e dimanche de Carême
- Année B – 22 mars 2009

 

CÉLÉBRER LE MYSTÈRE

 

LECTURE BIBLIQUE

2 Ch 36, 14-16.19-23
Psaume136, 1-6

Souviens-toi, Seigneur,
de ton amour,
et viens nous sauver!


Ép 2, 4-10
Jean 3, 14-21


CROIRE AU MYSTÈRE

La première lecture tirée du second livre des Chroniques nous donne d’écouter le récit du péché obstiné du peuple et du châtiment qui en découle jusqu’à l’annonce de la libération et du retour, grâce à Cyrus. Le psaume 136/137, déchirant dans la douleur aiguë de l’exil et dans la nostalgie de Jérusalem, sert de psaume responsorial. Cependant, le 4e dimanche est surtout marqué par l’Évangile de Jean qui a un rapport certain avec la deuxième lecture.

Le troisième chapitre de l’Évangile de Jean voit Jésus en dialogue nocturne avec Nicodème. Nettement baptismal dans le thème de la renaissance, dans la partie qui nous est proposée aujourd’hui, il établit un rapport entre Jésus, sa mort sur la croix et le serpent, élevé en son temps par Moïse dans le désert, pour guérir les Israélites mordus par des serpents venimeux. Il y a certainement un rapport entre la puissance salvifique de Jésus et celle du serpent auquel Moïse a recours de par une indication de Dieu. Le mot-clé de continuité – discontinuité réside cependant dans le participe élevé. C’est une formule presque liturgique. Jean fait allusion au Christ élevé sur la croix, événement absolument nécessaire pour que quiconque croit en lui obtienne la vie éternelle. Mais le fait d’être élevé, d’étendre les bras sur la croix fait du corps du Christ une balance, c’est-à-dire, fait de lui et de la croix le lieu propre du jugement qui toutefois, ici, en Jean n’appartient pas tant au Christ qu’à quiconque évalue sa personne, ses choix et ses œuvres dans la perspective du Christ.

Les paroles bouleversantes appartiennent à ce passage : Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

En somme, la condamnation du monde est la raison d’être de l’incarnation. La raison d’être de la venue du Fils, c’est la vie éternelle, le salut du monde par lui.
Il est toutefois évident que adhérer ou non au salut donné comporte un jugement, un jugement sur soi-même. Se situer dedans ou dehors, en faveur ou bien contre, soupèse la foi et les œuvres de qui affirme croire dans le Christ ou le refuser. La métaphore de la lumière et l’opposition, chère à Jean, entre lumière et ténèbres, apparaît. La lumière, c’est le Christ qui est venu dans le monde, les ténèbres, c’est ce qu’on lui oppose. L’histoire du salut se dénoue dans cette longue dispute qui voit s’opposer lumière et ténèbres et dans laquelle le vainqueur est justement le Christ qui règne sur le trône/lit de la croix.

La deuxième lecture dialogue avec les thèmes du texte évangélique, Dans la perspective de l’auteur, il s’agit de la priorité de la grâce par laquelle nous avons été sauvés. Il dit que alors que nous étions des morts par suite de nos fautes, Dieu nous a fait revivre avec le Christ. Participants de sa résurrection, nous le sommes aussi de sa gloire. Et tout cela, seulement par une surabondance aimante de grâce.

Bref, la foi est au centre de tout mais la foi est un don de Dieu. Nous sommes son œuvre, créés dans le Christ Jésus. Encore une fois, un renvoi au dessein salvifique du Père, à sa miséricorde, à son amour, grâce auquel nous vivons du Christ nous aussi, mieux, il nous identifie à lui. Progresser dans les bonnes œuvres que Dieu a préparées pour nous ne fait qu’un avec marcher dans la lumière où notre histoire se développe.

L’Église, communauté en marche vers la Pâques éternelle, dans son déroulement vers la Pâques annuelle, ne peut qu’intérioriser ces thèmes, ces parcours. Elle ne peut pas refuser la lumière qui lui vient du Christ et encore moins refuser d’être rendue conforme à lui. Mais pas sans la reconnaissance de la grâce, de la gratuité surabondante, de l’appel reçu et de la vie nouvelle à laquelle elle s’efforce d’adhérer jour après jour. Le parcours de Carême est vain si nous prenons la place de Dieu, si nous oublions que le Fils est venu non pas pour juger le monde mais pour le sauver.

…Malheureusement, il arrive souvent que nous nous enfermions dans des cercles mesquins qui, en faisant presque abstraction de Dieu, nous font condamner personnes et choses, sans reconnaître son initiative souveraine, sans accueillir jusqu’au fond son sacrifice de salut qui libère. Trop souvent, sûrs d’un salut acquis, nous nous sentons déjà assis à sa droite, donc, sourds aux drames nombreux de ceux qui vivent près de nous.

La vraie lumière qui dissipe les ténèbres nous demande de la compassion et de l’amitié, la prise en charge totale des fatigues du monde et de la création, à l’égard de ceux qui attendent encore d’être illuminés et que notre arrogance risque d’offenser, de confondre et d’écarter du droit chemin.

Témoigner du Christ, lumière véritable, témoigner de Celui qui fut élevé, cela nous demande de saisir jusqu’au fond les valeurs du royaume qu’il a annoncées et, par conséquent, d’en témoigner en édifiant dans la beauté la cité des humains, anticipation et gage de la Jérusalem qui nous attend.

C. Militello


VIVRE LE MYSTÈRE


Le 4e dimanche de Carême est aussi appelé domenica laetare, du premier mot latin du chant d’entrée. Réjouissez-vous avec Jérusalem; exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous qui portiez son deuil! Ainsi vous serez nourris et rassasiés de l’abondance de sa joie.

C’est une invitation irremplaçable. Jérusalem, c’est l’Église et l’humanité rachetée qui sont invitées à considérer ce que le Seigneur a fait et fait encore pour elles. Mieux, nous pouvons tous aller à elle et être consolés. À Jérusalem, nous sommes consolés! L’Église est la figure de la Jérusalem d’en haut, de la nouvelle Jérusalem qui commence déjà ici-bas dans l’Église.

Il n’y a pas de consolation ni de nourriture ailleurs. Nous sommes heureux d’être dans l’Église où nous avons tout et où nous sommes comblés de joie, et consolés.

L’assemblée manifeste aussi visiblement sa joie à travers la présence de fleurs et de feuillage ainsi qu’avec la couleur rose des vêtements liturgiques.

Les catéchumènes reçoivent la deuxième prière d’exorcisme et la communauté qui les accueille écoute l’Évangile de l’aveugle-né, parce que le Baptême donne la lumière de la foi qui est comme un horizon nouveau, une nouvelle manière de voir.

Toute la liturgie du jour se situe autour de cette annonce fondamentale : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique; ainsi tout homme qui croit en lui obtiendra la vie éternelle.

C’est l’acclamation à l’Évangile mais aussi le sommet de l’Évangile même, proclamé aujourd’hui avec le récit de la conversation nocturne de Jésus avec Nicodème.

Au moment de la communion, l’annonce devient un événement sacramentel dans les paroles : La lumière est venue dans le monde. Qui fait la vérité vient à la lumière.

La cohérence des textes entre eux, avant ou après, devra nous amener à ne pas chanter n’importe quel chant au moment de la communion eucharistique, sommet de toute l’action sacramentelle.

Nous devrons marcher sur la pointe des pieds, avec prudence, pour ne pas priver notre communauté de l’expérience du mystère.

Le rite est très délicat; il suffit de peu pour rendre vaine son efficacité. Le rite chrétien est unique et il se distingue de tous les rites religieux et humains. C’est un acte de foi qui se manifeste, ce n’est ni de la magie ni du pouvoir sur le divin, c’est précisément accueillir un don qui vient d’en haut. Le rite doit être respecté pour que le courant qui engendre la communion et qui transfigure puisse agir réellement.

Le schéma du rite respecte l’anthropologie humaine mais il contient un acteur invisible qui est Dieu. Dans le Christ et dans l’Esprit Saint, l’homme devient disponible à l’accueil du don de salut.
C. C