L’autorité de Jésus




4e dimanche ordinaire
Année B - 1 février 2009

 

 


Lectures bibliques:

Dt 18, 15-20; Ps 94, 1-2.6-9;
1 Co 7, 32-35; Mc 1, 21-28

CÉLÉBRER LE MYSTÈRE

En ce quatrième dimanche du Temps ordinaire, la prière thématise comme suit la manifestation du Seigneur Jésus : O Père, dans le Christ, ton Fils, tu nous as donné l’unique maître de sagesse et le libérateur des puissances du mal, rends-nous… En effet, le chemin que nous parcourons en cette période de l’année liturgique est un chemin épiphanique : Jésus annonce et manifeste le royaume de Dieu. La grande épiphanie de Noël se prolonge en quelque sorte dans les dimanches du Temps ordinaire où nous ne faisons pas attention à un événement mystérique particulier mais célébrons simplement le Jour du Seigneur, le dimanche. Aujourd’hui, ta famille rassemblée dans l’écoute de la Parole et dans la communion à l’unique pain rompu fait mémoire du Seigneur ressuscité dans l’attente du dimanche sans déclin… (Préface des dimanches du Temps ordinaire, 10). Les lectures de ce dimanche sont marquées par la double manifestation du Seigneur, comme maître de sagesse et libérateur du mal.

Le premier thème est confié à la lecture vétérotestamentaire tirée du livre du Deutéronome (18,15-20). Comme Moïse, le prophète que Dieu promet de susciter selon la demande que le peuple lui a lui-même adressée dans notre lecture est précisément Jésus de Nazareth. Ce que le Deutéronome a affirmé de la part de Dieu vaut donc pour lui : Je mettrai dans sa bouche mes paroles et il leur dira (…) ce que je lui prescrirai. Si quelqu’un n’écoute pas les paroles que ce prophète prononcera en mon nom, je lui en demanderai compte. Dans l’optique typologique, celle qui rapproche Jésus de Moïse et qui lit ce dernier comme antitype, c’est-à-dire comme préfiguration de Jésus de Nazareth et Moïse comme législateur, connaît sa pleine réalisation en Jésus. Les prérogatives messianiques se concrétisent en lui. D’autre part, la prophétie dont nous parlons ici se configure comme enseignement, comme sagesse, comme capacité de discernement qui fait autorité. Choses que Jésus de Nazareth réalisera pleinement.

Le thème dominant, celui de l’écoute, de l’accueil de la Parole, est thématisé de nouveau dans le refrain du psaume : Aujourd’hui, écoutez la voix du Seigneur. Le psaume 94/95 voit le peuple de Dieu, peuple de son pâturage acclamer le Seigneur avec des paroles intenses et reconnaissantes. Malgré cela, dans la conscience d’Israël demeure la gravité de l’écoute refusé en même temps que le souhait : Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole? L’incrédulité, l’endurcissement du cœur à Massa et Mériba, la tentation à laquelle le peuple a presque soumis son Dieu reste dans leur mémoire. Cela rend plus triste le souhait d’en accueillir jusqu’au fond la parole, sans incertitude et sans doute.
Le caractère épiphanique de l’agir de Jésus, de se faire connaître comme maître et combattant puissant de l’assaut du mal, revient dans l’acclamation à l’Évangile empruntée par Mc 4, 16. En effet, il s’agit d’une citation d’Isaïe. Dans l’économie de nos textes, on souligne l’opposition, mieux, le passage, des ténèbres à la lumière, de l’ombre de la mort à la plénitude de lumière qu’est le Christ Seigneur.

Le texte évangélique met justement en scène la polarité ténèbres/lumière, plus précisément esprit impur qui est le diable séparateur/vérité illuminante et miséricordieuse qu’est Jésus.

L’évangile de Marc privilégie l’opposition entre Jésus et les forces du mal et il est particulièrement attentif à la puissance de guérison de Jésus, à sa capacité de libérer de la possession diabolique. Notre texte nous offre un exemple particulier en narrant un épisode qui se situe au début du ministère de Jésus. En effet, nous sommes aux versets
21-28 du premier chapitre. L’événement situé géographiquement à Capharnaüm, et un jour de sabbat, voit Jésus enseigner dans la synagogue. Rien de plus naturel dans le contexte de la sanctification du sabbat et du culte de la Parole qu’on y pratique. Cependant, voilà le parallélisme avec Moïse suggéré par la première lecture. Jésus parle avec une autorité telle qu’il surprend les auditeurs. Dans un sens strict, il enseigne avec autorité, en homme qui a autorité. Ce contexte est interrompu par la présence d’un homme tourmenté par un esprit mauvais. L’esprit impur qui l’habite reconnaît Jésus et l’apostrophe avec un titre que la tradition d’Israël réserve seulement à Dieu. Montré du doigt comme le Saint de Dieu, Jésus ordonne à l’esprit de se taire et de sortir du possédé. Cela se produit et suscite possiblement une merveille ultérieure étant donné que non seulement Jésus enseigne avec une autorité mais avec autorité à laquelle même les esprits malins obéissent. Si nous revenons à la prière du début, nous verrons comment les deux expressions : maître de sagesse et libérateur des puissances du mal caractérisent l’œuvre de Jésus, en signalant clairement le message épiphanique de ce dimanche.

Jésus est pleinement maître. Son autorité n’est pas celle de celui qui parle, que ce soit avec l’autorité qui lui vient de Dieu; il est plutôt Dieu même et comment Dieu parle et enseigne. Son autorité est bien différente de tout autre antécédent prophétique autorisé, comme de toute forme historique de magistère (dans notre cas, il est dit qu’il n’enseigne pas comme les scribes, c’est-à-dire comme les sages de profession). Mais la qualité d’autorité de son enseignement ne fait qu’une avec la qualité également d’autorité du règne du mal.

La condition du possédé est un paradigme de notre condition de nous perdre dans les ténèbres de nous-mêmes, de l’incapacité de choisir définitivement le bien, de la surdité à la Parole de salut. Il sait et veut nous libérer de nos incapacités, de notre péché, de nos limites; mieux, il est le seul qui puisse nous libérer en profondeur.

De plus, la libération qu’il donne au possédé manifeste le royaume qu’il annonce lui-même et qui s’est fait proche en sa personne. Voilà pourquoi la lecture évangélique de ce dimanche se termine en rapportant que la renommée de Jésus et l’action qu’il a accomplie se répandit dans toute la région de la Galilée. Nous avons là le premier scénario de Jésus, de son agir autorisé et puissant, selon un projet qu’il établit lui-même, d’où l’ordre de se taire qu’il adresse à l’esprit mauvais. Les temps et les modalités d’annonce du royaume de Dieu, les temps et les modalités d’en indiquer les signes, les temps et les modalités de le manifester sont inscrits dans une économie de salut qui lui appartient. C’est de cela aussi que l’évangéliste témoigne ici, comme les dimanches qui suivront.

Une dernière attention. Et la deuxième lecture? D’une certaine manière, la lecture à demi continue de 1 Corinthiens la rend marginale au message de ce dimanche. Il s’agit d’un texte (1 Co 7, 32-35) longuement commenté à partir duquel on a déduit la qualité optimale de virginité/célibat, par rapport au mariage. Probablement que saint Paul projette ici ses sentiments personnels qui ont ensuite comme fondement, non pas tant sa méfiance par rapport au mariage dont les obligations semblent conflictuelles avec le don total à Dieu, que sa conviction sur l’imminence de la venue du Seigneur. La proximité de l’événement exige un choix totalisant en sa faveur.

Notre sensibilité anthropologique nous porte aujourd’hui à retenir que, aussi bien le choix de la continence que celui du mariage est inscrit dans la suite de Jésus. Cette dernière, si elle est vécue dans la radicalité qu’elle exige, n’enlève rien au royaume de Dieu. Elle reste et elle est le lien possible avec les textes de ce dimanche, l’appel aux valeurs du royaume, à leur radicalité. Chrétiens, il faut l’être pleinement, sans raccourci ou réduction. En somme, le cœur indivisé n’est pas optionnel. Cependant, le réaliser est une aventure qui demande toujours et partout la rencontre/accueil de l’autre. Chacun possède son propre don, chacun, pour sa part, collabore à la croissance du corps du Christ qui est l’Église et à la manifestation progressive du Seigneur, révélateur et sauveur.

C. Militello