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La prière de Jésus
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CROIRE AU MYSTÈRE Le fil conducteur du 5e dimanche du Temps ordinaire nous vient de la souffrance et de la défaite de la souffrance réalisée par le Christ. En continuant notre parcours épiphanique, nous voyons que le Seigneur Jésus se manifeste précisément comme celui qui est capable de vaincre la maladie, de guérir, montrant ainsi que le règne de Dieu est déjà en oeuvre. Ici, Job est le type. C’est en lui, le juste injustement soumis à l’épreuve, que la communauté chrétienne a reconnu une anticipation du Christ, de sa souffrance, de sa mort innocente. La lecture vétérotestamentaire propose donc quelques versets du livre de Job (7,1-4.6-7). Nous connaissons ce personnage et nous savons qu’il pose quelques problèmes. Au sens strict, il n’est pas quelqu’un qui appartient à la communauté d’Israël. Puis, son aventure en est une qui ne connaît pas de réponse malgré son heureux dénouement. Job est depuis toujours le prototype de l’absurdité de la maladie et de la souffrance qui frappent notre humanité, indépendamment de la responsabilité personnelle. Cela renverse l’idée, longtemps répandue en Israël, qui inscrit la rémunération juste, la récompense juste pour une vie vertueuse déjà en ce monde et qui la retient comme constituée par la santé, la prospérité, par une riche lignée. Israël expérimente bien vite qu’il n’en est pas toujours ainsi. Le mal touche aussi la personne innocente, même celle qui craint Dieu au sens noble et large du terme. Les versets choisis nous placent devant la souffrance de Job, devant la dénonciation de la dimension éphémère de la condition humaine, devant la dénonciation d’une souffrance implacable, bien exprimée dans l’image du repos manqué, de la veille dolente qui l’accompagne à chaque nuit. Des milliards d’humains vivent la condition de Job. Pire encore, ils vivent sans même savoir ou sentir qu’ils sont des femmes et des hommes, sans en avoir aucune faute. L’enfant ou l’adulte qui meurt de soif et de faim n’est pas coupable; l’être humain exploité n’est pas coupable; l’homme ou la femme blessée dans sa chair par l’inexorabilité de la maladie n’est pas coupable.
Job ne succombe pas au mal, il appelle Dieu en qui il a confiance malgré
tout, Le psaume semble indiquer cette réponse. En effet, si le refrain dit : Guéris-nous, Seigneur, Dieu de la vie, les strophes du Psaume 146/147 se déploient en un heureux chant à la miséricorde de Dieu qui rassemble les dispersés, raffermit les cœurs, soigne les blessures; de plus, il donne un nom aux étoiles. Sa sagesse est incalculable, il élève les petits et rabaisse les impies. En toute analogie, nous pouvons dire qu’il connaît aussi nos noms, un par un : il nous appelle tous par notre nom. Et c’est déjà la confession de sa miséricorde, de son pouvoir de guérison, de sa capacité de donner un sens à notre vie, au-delà de sa durée éphémère, au-delà de la maladie et de la mort même. La deuxième lecture tirée de 1 Co 9, 16-19.22-23 se situe dans ce tableau d’expérience de la souffrance, et cela, malgré l’abandon confiant à celui qui est le Dieu de la vie. Le texte très connu témoigne de la nécessité pour saint Paul d’évangéliser : malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile! Le passage paulinien a en quelque sorte son pendant dans l’Évangile d’aujourd’hui, dans la tâche que Jésus reconnaît comme étant la sienne : enseigner. Nous voulons cependant arrêter notre attention sur les versets qui terminent la lecture : Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait serviteur de tous (…) J’ai partagé la faiblesse des plus faibles pour gagner aussi les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. La conduite de saint Paul est sûrement en fonction de l’annonce. Comme il affirme aussi ailleurs, il ne se refuse à personne, il se fait trouver par tous pourvu de leur annoncer la joyeuse nouvelle de Jésus Christ, mort et ressuscité. Dans l’économie qui nous permet la connexion avec le chant à l’Évangile, nous nous arrêtons toutefois sur la phrase : Je me suis fait serviteur. Dans son imitation du Christ, l’apôtre en assume le paradigme. Le Christ – encore une citation de Mt 8, 17 qui a des assonances prophétiques – est celui qui a pris sur lui nos infirmités et qui s’est chargé de nos maladies. À la base de son comportement, iI y a certainement un projet, celui de se manifester comme Messie souffrant, Les signes du royaume qu’il met en oeuvre, les guérisons, surtout si elles disent son abaissement sur l’humanité souffrante jusqu’à la guérir, ne peuvent nous faire oublier que sans péché lui-même, il s’est fait péché pour nous. Avoir assumé une chair humaine l’a fait participer, sans se heurter, à la souffrance et à la mort. Cependant, pour le moment, notre attention se porte non pas sur lui, homme des douleurs, mais plutôt sur son aptitude à apaiser la souffrance. Et, dans le récit de Marc, la belle-mère de Pierre a bénéficié de son pouvoir de guérison. Le miracle se situe dans le même contexte géographique et temporel que celui du 4e dimanche. Jésus sort de la synagogue de Capharnaüm et se rend, accompagné de Jacques et de Jean, chez des amis, disciples, Simon et André. Il y trouve la femme malade et il la guérit : … il la prit par la main, et il la fit lever. L’évangéliste note : la fièvre la quitta, et elle les servait. Un miracle dans un contexte familial; un miracle qui guérit une femme; un miracle que Jésus accomplit en la faisant se lever et en la prenant par la main. Qu’on me laisse penser que Jésus s’attarde sur la condition de cette mère de famille. La faire lever dit beaucoup plus que le simple geste de la faire quitter son lit et de la prendre par la main. Ce geste parle de toute une familiarité, il parle de résurrection! Chez la belle-mère de Pierre, dans sa promptitude à se mettre au service, nous devons voir ensuite le prototype des femmes nombreuses à qui Jésus lui-même et la communauté chrétienne primitive doivent beaucoup. Seuls, les disciples n’auraient pas pu faire beaucoup sans l’apport des femmes! Certes, nous aimerions charger de sens le mot elle les servait. Peut-être faut-il simplement l’insérer dans les tâches que l’observance du sabbat laisse aux femmes qui, contrairement aux hommes, ne sont pas tenues au repos absolu. Nous voyons les signes du royaume se réaliser dans l’attitude de Jésus qui se penche sur la belle-mère de Pierre et qui la guérit. Nous voyons que la maladie et la souffrance sont vaincues. Et peut-être que le préjugé sur les femmes et sur leur incapacité de servir le royaume de Dieu est vaincu lui aussi. Dans le contexte habituel de l’Évangile de Marc, ce miracle ne reste pas le seul. Après le coucher du soleil, désormais exemptés du repos sabbatique, les autres, plusieurs malades sont amenés à Jésus. Infirmes ou possédés qu’ils soient, il ne se retire pas et les guérit tous. Aujourd’hui encore, il impose le silence aux démons qui savaient qui il était. Il y a là un dessein précis et indubitable de Jésus. Il établit les temps et les modalités où se faire connaître. Il a son projet bien clair, son itinéraire évident. Les guérisons témoignent du pouvoir victorieux du royaume de Dieu, mais elles sont marginales, au fond. Son ministère principal, c’est l’annonce : c’est pour cela que je suis venu. Nous le voyons donc se rendre ailleurs, dans les villages voisins, même si l’horizon n’est encore que celui de la Galilée. Cependant, le royaume de Dieu, et avec lui, l’Église, est déjà en oeuvre dans les paroles et dans les signes révélateurs de Jésus. C.
Militello Aujourd’hui encore, Jésus est aux prises avec le mal. Lorsqu’il guérit, il restitue la personne à son service et à celui de ses frères. Il en fait une disciple, un disciple. Comme celle des habitants de Capharnaüm, notre communauté amène à Jésus toutes les personnes atteintes de différentes maladies et il les guérit toutes. Jésus est le Sauveur unique. Ne l’oublions jamais, même lorsque nous nous efforçons de dialoguer avec les autres religions : nous ne pouvons pas renoncer à ce que nous avons découvert comme un trésor, à Jésus, notre Seigneur et unique Sauveur de tous les humains de la terre, même s’ils ne le savent pas encore. Jésus n’a toutefois pas résolu tous les problèmes de Capharnaüm. En se retirant pour prier la nuit, il scrute la volonté de son Père et comment il doit être le Messie selon le Père, et alors, avec détermination, il reconnaît avoir été envoyé pour annoncer le royaume et aussi pour aller ailleurs les guérir tous. L’Église et les croyants en Jésus continuent aujourd’hui, comme son sacrement, la mission de porter le salut, avec la Parole et les Sacrements, et à consoler l’être humain en l’ouvrant à l’espérance. Saint
Paul vit dans sa chair l’urgence d’annoncer l’Évangile; il l’a reçue
par mission et sa récompense, c’est la grâce de pouvoir accomplir l’apostolat.
Il en est de même pour plusieurs de nous dans les paroisses, comme pasteurs
et catéchistes : beaucoup de temps donné gratuitement, don des énergies,
créativité et imagination… comme devoir et mandat, et la récompense,
c’est déjà le fait de pouvoir travailler dans cette vigne que le Seigneur
a plantée. |