Le pouvoir de Jésus




7e dimanche ordinaire
Année B - 21 février 2009

 

 


Lectures bibliques:
Is 43, 18-19.21-22.24b-25;
Ps 40, 2-5.13-14; 2 Co 1, 18-22
Mc 2, 1-12



 

CROIRE AU MYSTÈRE

Le 7e et dernier dimanche du Temps ordinaire – le prochain dimanche sera le premier dimanche de Carême – élabore d’une manière particulièrement créative les thèmes qui nous ont accompagnés jusqu’ici.

L’acclamation à l’Évangile, tirée de Luc 4, 18 : Le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, reprend en quelque sorte la transition au Carême. Le thème est celui de l’annonce joyeuse du royaume que Jésus, le Messie, manifeste, et dont ce dimanche nous montre la germination initiale.

Nous le percevons d’abord à partir de la première lecture extraite du prophète Isaïe : Ne vous souvenez plus d’autrefois… Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà. Germer se dit en parlant de la semence, d’un élément vital qui produit à son tour une vie nouvelle. L’image est traditionnelle dans une culture agricole comme celle dont témoignent les Écritures. L’image est forte et significative pour nous aussi qui sommes habitués à son emploi métaphorique.

Les paroles du prophète font référence au retour d’exil du peuple d’Israël. Ce sont des paroles de consolation à travers lesquelles l’exode même de l’esclavage apparaît comme une création nouvelle. Dieu a effacé, oublié le péché de son peuple. Par amour, par fidélité au pacte stipulé, il a pardonné les méfaits de son peuple, il ne se souvient plus de ses péchés. L’œuvre nouvelle que Dieu accomplit est confiée à l’image de la route qu’il ouvre dans le désert, des fleuves sur la steppe.

Route, eau, échanges extraordinaires dans le contexte de la steppe désertique sont le signe tangible de l’attitude nouvelle, le pardon. Il n’y aura plus de récriminations, de menaces et de châtiments de la part de Dieu. À présent, tout recommence selon des modalités nouvelles.

Le psaume intériorise la lecture prophétique en modulant la miséricorde, le pardon de Dieu. C’est la condition du juste qui est dessinée. À sa condition correspond la bienveillance du Seigneur qui sera proche, même dans la difficulté de la maladie et de la malchance. La conscience que la maladie et la malchance s’inscrivent dans la faute personnelle fait dire au psalmiste : Pitié pour moi, Seigneur, guéris-moi, car j’ai péché contre toi, c’est une prière qui trouve toujours une réponse.

Il n’y a pas de doute que dans la relation santé/péché, maladie/faute, nous voyons que sont reliés non seulement les thèmes de la lecture vétérotestamentaire, mais aussi et surtout ceux de la lecture évangélique. Toutefois, ce dimanche-ci, la lecture apostolique tirée de la deuxième lettre aux Corinthiens mérite notre attention.

Saint Paul indique comme élément constitutif de la nouveauté chrétienne le fait que la parole de son annonce n’est pas ambiguë, comme Jésus lui-même est sans ambiguïtés.
En effet, il n’a pas parlé en mettant ensemble oui et non; au contraire, il n’a jamais été que oui.

La nouveauté chrétienne est de par soi traversée par le oui du Fils au Père. En prendre conscience, c’est assumer la condition de disciple, c’est donner sa propre adhésion de foi; c’est acclamer en chœur, sceller avec l’amen, le oui que le Christ est pour nous et devant Dieu. Quant à la communauté qui l’acclame ainsi, à la louange de sa gloire, le Père lui-même la conforme en conférant l’onction à tous, en imprimant le sceau à tous, en donnant à tous l’Esprit comme gage.

Cette ultime triade : onction, sceau, gage, mérite elle aussi une attention profonde. Il s’agit de la conformation au Christ dans l’Esprit, c’est-à-dire de la constitution du chrétien qui accède à la filiation, à la vie divine par le baptême et qui y grandit dans la participation à l’eucharistie. Le oui que le Christ est, les promesses de Dieu qui sont OUI en lui trouvent leur réalisation accomplie dans le pouvoir que le Fils a de guérir le corps et en même temps, de remettre les péchés.

Avec cette réalité, nous sommes au cœur de la nouveauté, de la germination, du royaume de Dieu déjà en œuvre dans le Christ Seigneur qui s’est fait proche.

Le récit évangélique de Marc est encore un récit de guérison. Il est même pittoresque dans la détermination des parents ou des amis qui font l’impossible pour que le paralytique arrive devant Jésus. Jésus est de nouveau à Capharnaüm, probablement dans la maison hospitalière de Pierre. Autour de lui qui annonce la Parole, il y a une grande foule; les quatre personnes qui portent le paralytique ne trouvent rien de mieux que de faire une ouverture dans le toit pour pouvoir descendre le brancard devant Jésus.

Jésus prend acte de la foi de ceux qui l’ont porté jusqu’à lui et, en accueillant leur demande, il apostrophe le malade : Mon fils, tes péchés sont pardonnés. On s’attendait à ce qu’il dise : Lève-toi et marche! Les personnes présentes sont déplacées, surtout les scribes qui considèrent que les paroles de Jésus sont des blasphèmes. En effet, et avec raison, ils retiennent que seul Dieu peut remettre les péchés. Leur pensée cachée n’échappe pas à Jésus qui les interpelle en demandant qu’est-ce qui est le plus facile de dire : Tes péchés sont pardonnés ou bien Lève-toi, prends ton brancard et marche!

En vérité, Jésus veut montrer son pouvoir et, pour prouver qu’il peut remettre les péchés, il dit au paralytique : Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi.

En somme, le miracle apparaît dans sa structure doctrinale : remettre les péchés, c’est-à-dire pardonner, et dans sa structure opérative : guérir, restituer l’usage des membres perclus. Jésus qui fait sienne la locution de Fils de l’homme propre à l’apocalyptique judaïque, se manifeste dans la puissance qui est de Dieu, celle qui permet à la fois le pardon et la guérison, guérison et pardon, en unissant inséparablement le salut à l’acte souverain de Dieu qui efface la faute, recrée un cœur nouveau, fait définitivement germer le salut.

La fraction du Temps ordinaire inscrite entre le temps de Noël et le Carême se termine donc sur un scénario de nouveauté, de renouvellement radical et profond qui a dans la miséricorde de Dieu, dans sa magnanimité, dans la capacité d’effacer et d’oublier la faute, son point fort de départ.

Tout comme le peuple de l’Ancienne Alliance l’a déjà expérimenté, la communauté chrétienne aussi devra se mesurer à la nouveauté du pardon, devra en recueillir globalement les effets, la nouveauté que le Christ lui apporte.

Les formules de prière de ce dimanche le soulignent fortement. Elles dessinent la communauté croyante, sa place devant le mystère célébré. La manifestation du Seigneur Jésus, dans le signe puissant de la guérison et du pardon, devient l’emblème de la nouveauté chrétienne, de la création nouvelle. La communauté ne peut pas ignorer l’événement. Elle doit, certes, correspondre à la miséricorde élargie avec son amen, sans oublier le devoir d’en rendre témoignage et de l’annoncer. Rendre gloire au Père, au Fils, dans l’Esprit ne peut être détaché de l’engagement pour le salut de l’humanité entière. La communauté Église constituée dans le pardon, dans la remise de la faute, et par conséquent, ointe, scellée, marquée par l’Esprit, doit annoncer le royaume et témoigner des ses fruits qui germent déjà.

C. Militello


VIVRE LE MYSTÈRE


Aujourd’hui, la liturgie revient sur le pouvoir qu’a Jésus de remettre les péchés avec la guérison du paralytique de Capharnaüm. Le texte est typique pour expliquer le sacrement du pardon ou pénitence que nous avons considéré la semaine dernière.

Les premiers prodiges de Jésus au début de son ministère en Galilée ont tous pour but de nous expliquer pourquoi il est venu sur la terre : Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son propre Fils. Il l’a donné pour nous tous, pour nous délivrer du péché et pour que nous ne vivions plus pour nous-mêmes mais pour lui qui est mort et ressuscité pour nous, disons-nous dans la liturgie.

De nos jours, il arrive que nous fassions une constatation : les salles d’attente des psychologues et des psychothérapeutes sont combles, plusieurs personnes ont recours aussi aux magiciens et aux guérisseurs. On dépense souvent beaucoup pour des cures inefficaces.

Le Catéchisme de l’Église catholique définit les sacrements de la pénitence et de l’onction des malades comme sacrement de guérison, en effet, la grâce et la force guérisseuse de Jésus présente en eux nous touche et nous guérit.

Aujourd’hui plus que par le passé, il est cependant difficile de reconnaître son péché et d’en demander pardon. Souvent, nous ignorons le terme de comparaison, comment et avec qui nous confronter. Le Rituel de la pénitence nous enseigne à recourir aux Écritures et, par conséquent, à nous confronter avec la conscience filiale de Jésus. Il est notre terme de comparaison et la forme pour notre morale de chrétiens. Nous devons apprendre à vivre en fils, filialement, librement, dans un rapport d’amour à la fois filial et conjugal avec Dieu.
C.C