Dans la gloire de son Fils

 

 


Assomption de la Vierge Marie

15 août 2009


CÉLÉBRER LE MYSTÈRE

 

 

Apocalypse 11,19a; 12, 1-6a.10ab
Psaume 44,10-12.15b-16

Heureuse es-tu, Vierge Marie,
dans la gloire de ton Fils

1 Corinthiens 15,20-27a
Luc 1,39-56

CROIRE ET VIVRE LE MYSTÈRE

Au cœur de l’été, nous avons la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie qui nous rend attentifs à son mystère de gloire, et par conséquent, nous ouvre à la gloire qui nous attend tous.

La liturgie chante Marie de Nazareth. Elle l’accompagne au-delà du seuil de la mort, dans l’accomplissement de son destin de Femme (cf. Ga 4, 4), en la proclamant toute bienheureuse, dans la plénitude de sa personne (corps et âme), définitivement unie à son Fils ressuscité, vainqueur de la mort.

La solennité de l’Ascension contemple le Seigneur qui entre dans le mystère divin du Père avec sa chair humaine. À l’Assomption, nous contemplons celle que la puissance du Ressuscité attire dans la gloire pour la faire participer immédiatement et totalement à la vie qui ne connaît pas de déclin. Donc, au centre, il n’y a pas seulement le contexte particulier dans lequel Marie, une fois sa vie terrestre terminée, échappe à la mort. Nous célébrons dans sa chair de femme l’accomplissement corporel du « mystère de salut » (cf. Préface) Et cela est pour nous, à la fois, « signe d’espérance certaine et de consolation » (cf. LG 68).

La solennité de l’Assomption met donc au centre l’aventure finale de la Mère du Seigneur. Elle qui a accueilli le Verbe de Dieu dans sa chair; elle, la nouvelle arche de l’Alliance n’a pas été soumise à la dégradation du tombeau et elle n’a pas dû attendre pour s’unir définitivement et éternellement à son Fils.

La messe du jour entrecroise l’éloge de Marie, le signe de la femme, la modalité de notre résurrection avec le Christ. La liturgie s’ouvre avec la citation du chapitre 12 de l’Apocalypse, le signe grandiose apparu dans le ciel : une femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et, sur la tête, une couronne de douze étoiles. C’est ainsi que l’antienne d’ouverture anticipe la première lecture tirée du chapitre 12 de l’Apocalypse qui est précédé par le verset 19a du chapitre 11 inhérent à l’apparition de l’arche de l’Alliance dans le temple.

Disons tout de suite que, très probablement, la femme, c’est l’Église. C’est sa lutte contre les puissances du mal qui est mise en scène. Nous sommes devant l’Église dans le temps, persécutée et éprouvée, et toutefois victorieuse, à la fin.

C’est précisément la possibilité d’identifier dans l’épouse, aussi bien l’Église que Marie, qui motive le recours au psaume 44/45, un chant nuptial. S’agit-il de la reine épouse? De la reine mère? Les deux sont applicables à Marie en qui le Verbe s’est définitivement uni à l’humanité.

La joie de la contempler dans toute sa splendeur laisse la place aux paroles de la première Lettre aux Corinthiens. Paul y affirme la résurrection du Christ, le premier de ceux qui sont morts et en qui tous recevront la vie. Il décrit l’ordre dans lequel adviendra la victoire définitive du Christ : « le dernier ennemi qu’il détruira, c’est la mort ». Évidemment le récit, qui a des accents apocalyptiques, veut signifier la participation privilégiée et immédiate de la mère du Seigneur à la victoire de son Fils, Maître et accomplissement de l’histoire. Si le Christ est le premier, Marie est la première à bénéficier de lui, s’inscrivant très spécialement entre ceux dont Paul dit qu’ils appartiennent au Christ. Elle est donc la première dans le destin qui nous attend tous.

L’Évangile nous propose de nouveau le récit de Luc. Écoutons donc comment Marie se mit rapidement en route pour aller trouver sa parente Élisabeth, les paroles de jubilation avec lesquelles cette dernière la salue, le cantique joyeux de la réponse de Marie.

Avant tout, nous saisissons qu’il y a une continuité de portrait théologique entre l’Évangile de la veille et la salutation qu’Élisabeth adresse à Marie : « Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Marie, je le répète, n’est pas n’importe quelle sainte, et forcément. Elle vit la foi et elle la cultive. Elle adhère profondément à la Parole de Dieu, elle en vit et grandit. Les Pères l’ont bien compris.

Le chant du Magnificat que l’Église s’approprie chaque jour à Vêpres présente lui aussi la qualité extraordinaire de cette femme croyante qui se situe dans un mouvement fort et confiant de la tradition de ses pères et qui proclame l’accomplissement du salut que Dieu avait promis à son peuple. D’autre part, sa fragilité de femme, sa limite de créature expriment les lois différentes de Dieu qui, dans son œuvre salvifique, ne se sert pas des puissants mais des faibles.

Les attentes de Dieu ne sont pas celles des humains; ses voies ne sont pas les nôtres. Et voilà que la gloire rejoint celle qui a avoué son humilité, celle qui s’est dite « servante » du Seigneur et qui s’est abandonnée à lui avec une ferme confiance, à la manière des anawim, des « pauvres du Seigneur ».

L’eucologie de la solennité s’est ouverte avec la sobre présentation de Marie, Vierge, Mère immaculée, que Dieu « a fait monter jusqu’à la gloire du ciel, avec son corps et son âme » (prière - collecte) à laquelle s’entrecroise prière sur les offrandes et prière après la communion) le thème de son intercession. Cependant, le chef-d’œuvre d’aujourd’hui, c’est la préface qui s’inspire en grande partie de LG 68. Marie est proposée comme image de l’Église : « Si la Mère de Jésus, déjà glorifiée au ciel en son corps et en son âme, est l’image et le commencement de ce que sera l’Église en sa forme achevée, au siècle à venir, sur la terre, jusqu’à l’avènement du jour du Seigneur, elle brille devant le Peuple de Dieu en marche comme un signe d’espérance certaine et de consolation ». La préface formule d’une façon concise la raison de la fête : « Tu as préservé de la dégradation du tombeau le corps qui avait porté ton propre Fils et mis au monde l’auteur de la vie ». Cet antique motif de convenance, qui par analogie avec le mythe de l’incorruptibilité de l’arche sainte, retient comme incorruptible la chair où le Très Haut a établi sa demeure, ne minimise vraiment pas, dans la particularité singulière de la Mère du Seigneur, sa valeur ecclésiale.

Marie est vraiment prémices de l’Église et son accomplissement. Elle est, par grâce, la créature dans la perfection du projet primordial. Et certes, par grâce, mais aussi en raison de la qualité de sa foi de disciple, de sa vie de service, elle est l’image de l’Église à venir, victorieuse et resplendissante, telle que son Seigneur l’a voulue, sans tâche ni ride. En Marie, nous célébrons donc l’accomplissement du mystère de l’Église, et en Elle, nous goûtons déjà la gloire bienheureuse qui, dans notre chair rachetée, nous attend tous.

C. Militello