Le sacrifice de la
nouvelle Alliance

14 juin - Corps et Sang du Christ

CÉLÉBRER LE MYSTÈRE

Exode 24, 3-8
Psaume 115, 12-13.15-18

J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.


Hébreux 9, 11-15
Marc 14, 12-16.22-26

CROIRE AU MYSTÈRE

La solennité du Corps et du Sang du Christ est d’origine médiévale. L’eucologie et la Séquence le montrent. Au-delà des implications dévotionnelles indubitables, il faut célébrer le Corps et le Sang du Seigneur. En effet, la présence du Christ à son Église est confiée aux signes sacramentels. L’évocation du mystère trinitaire nous a conduits au Baptême (d’eau et d’Esprit). Cependant, il est inséparable de l’Eucharistie. Sommet de l’Initiation chrétienne, l’Eucharistie devient le signe par excellence de la présence du Christ à nous, comme nourriture, pain vivant, gage d’incorruptibilité, prémices d’immortalité, anticipation de la Pâques éternelle.

L’Eucharistie est un acte ecclésial dont la dimension est communautaire. C’est donc le peuple rassemblé autour de l’autel qui est le sujet du sacrifice de la nouvelle Alliance. En disant cela, nous affirmons aussi la nouveauté de ce que nous célébrons par rapport à l’ancienne Alliance. De la première lecture tirée de l’Exode, nous empruntons la stipulation de la première Alliance. C’est Moïse qui est le ministre du sang, celui de jeunes taureaux. L’autel qu’il a fait ériger symbolise les douze tribus d’Israël. Nous sommes à la dernière phase du pacte. Le sang des holocaustes est partagé également : la moitié est versée sur l’autel, la moitié, sur l’assistance.

Mais avant que ce geste soit accompli, il y a la proclamation de la loi et la promesse solennelle d’obéissance faite par le peuple. Pour nous, les paroles sont essentielles : « Voici le sang de l’alliance que le Seigneur a conclue avec vous…».Toute l’assemblée répond à la lecture par le refrain du psaume : « J’élèverai la coupe du salut et j’invoquerai le nom du Seigneur ».

Nous savons que le sang est synonyme de vie. Une valeur excédentaire lui est attribuée depuis toujours. Elle passe dans la pratique sacrificielle qui se configure donc comme une offrande sanglante. Nous offrons à Dieu une victime vivante et le signe de cette offrande et de sa valeur est confié à l’effusion du sang. Dans l’Ancien Testament comme dans la pratique religieuse universelle, les sacrifices pacifiques manquent. Cependant, ce qui prévaut, c’est l’offrande, l’effusion du sang. Cette économie est totalement interrompue dans le Nouveau Testament. La lecture évangélique nous le fait saisir. Pertinente dans la continuité thématique, la deuxième lecture tirée de la Lettre aux Hébreux nous éclaire déjà. Comme nous le savons, le sacerdoce du Christ, sa nouveauté/rupture par rapport au sacerdoce ancien est le thème de cette lettre. En nous présentant le Christ comme grand Prêtre, l’auteur souligne son action sacrificielle, son ministère du sang qui n’est plus relié à l’effusion du sang des victimes animales, chèvres ou jeunes taureaux. Or, c’est le sang du Christ même qui nous obtient la rédemption éternelle. Et si, dans l’ancienne Alliance, le sang des victimes animales suffisait, combien plus le sang du Christ « qui poussé par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache ».

L’alliance du Christ est une Alliance nouvelle. Mieux, il est « médiateur d’une Alliance nouvelle ».

Précédée du verset johannique : « Je suis le pain vivant venu du ciel… qui mange de ce pain vivra pour toujours », la lecture évangélique nous propose le récit de l’institution de l’Eucharistie en Marc. Dans notre contexte d’aujourd’hui, cette lecture est en fonction des paroles : « Prenez, ceci est mon corps; … ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude ». Mémorial de la Pâque du Seigneur Jésus, de sa vie donnée pour nous, l’Eucharistie est étroitement liée à ses paroles précises et à leur signification. Le pain que nous rompons, la coupe que nous bénissons sont vraiment corps et sang du Seigneur, sont vraiment le signe de la nouvelle Alliance qu’il a scellée avec nous en mourant et en ressuscitant pour nous.

Le Christ, Agneau immaculé remplace l’agneau de l’exode. C’est au repas de l’Agneau sans tache que nous sommes invités maintenant. C’est son sang qui nous purifie de toute faute. Sa vie est la vie nouvelle qui nous est donnée dans la communion au Père, au Fils et à l’Esprit, communion avec Dieu et entre nous, dans le sacrement de son corps et de son sang, dont nous avons un avant-goût en attendant le banquet éternel (cf. prière après la communion).

Et comme nous le rappelle le schéma liturgique de l’ancienne Alliance et le schéma liturgique de la nouvelle Alliance, le corps et le sang du Seigneur sont inséparables de sa Parole proclamée, solennellement annoncée et célébrée. Le Corps et le Sang ne sont pas moins sacrement que la Parole même du Seigneur. L’Eucharistie est telle dans leur synergie de célébration, et de vie.

Au sens ecclésial strict et toutefois nécessairement ouverte au monde, cette dimension ressort particulièrement de la prière sur les offrandes : « Accorde, Seigneur, à ton Église les biens de l’unité et de la paix, dont nos offrandes sont le signe dans le mystère eucharistique ». Depuis toujours, l’Eucharistie est le vinculum unitatis. Et le produit de l’unité, c’est la paix, c’est-à-dire le shalom, cette optimisation de la vie et du créé dont les convives de l’Agneau doivent témoigner et promouvoir dans la communauté et dans le monde.
C. Militello

VIVRE LE MYSTÈRE

Le dimanche après la fête de la Trinité, l’Église nous fait revenir au don de Jésus dans la Pâques, au souvenir de sa charité sans limites qui lui a fait laver les pieds de ses disciples, c’est-à-dire donner sa vie pour que nous soyons sauvés. Il en a laissé le sacrement dans le mystère de son corps et de son sang. Ces signes rendent son sacrifice présent pour nous, sacrifice auquel le nôtre s’associe, aujourd’hui, lorsque nous décidons de faire de notre vie ce qu’il a fait de la sienne.

Aujourd’hui, honneur et adoration de l’Eucharistie, mystère de la présence de Dieu avec nous, et grande joie!La procession faite en plusieurs paroisses, la prière d’adoration et surtout, la participation active à la messe font des communautés de l’Église le sacrement de la charité de Jésus dans le monde.
C. C.