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La
souffrance royale du Christ
CÉLÉBRER LE MYSTÈRE
LECTURE
BIBLIQUE
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CROIRE AU MYSTÈRE La Liturgie du dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur nous propose d’une part la commémoration de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et, de l’autre, sa passion. Dans le rite romain, nous trouvons donc, presque en juxtaposition, le thème de l’accueil joyeux de Jésus acclamé comme le Roi, Messie. et celui de la passion qu’il va souffrir librement, consciemment, avec amour. Ainsi entrons-nous dans la Semaine sainte. Jusqu’à mercredi, nous suivrons jour par jour l’événement du Seigneur Jésus. À partir du Jeudi saint, heure par heure. Faire ses gestes, imiter ses mouvements, ceux des disciples et de la foule, appartient à la tradition de Jérusalem comme en témoigne bien le journal de voyage d’Égérie. En s’appropriant les rameaux que la foule jubilante a jadis agités sur son passage, la communauté leur donne une valeur qui change de signification. Les branches d’olivier et les rameaux sont diversement des indices de guérison et de vie. Donc, c’est déjà à partir des fruits que la communauté fait mémoire de la passion du Seigneur. Le récit de Marc est dépouillé. Nous savons cependant que celui qui arrive à Jérusalem à dos d’âne n’est pas un messie puissant, un personnage armé qui va libérer sa nation opprimée, mais un roi paradoxal, même s’il est acclamé dans la folle projection en lui des attentes de la nation. Malgré cela, la royauté de Jésus est une vraie royauté et la liturgie la célèbre avec les psaumes (23 et 46) qui chantent la souveraineté de Dieu, jusqu’à la déclinaison explicitement christologique de l’hymne carolingien au Christ, roi et sauveur. Le chant d’entrée est tiré aussi du psaume 23. Mais le registre devient immédiatement celui du modèle du Christ humilié jusqu’à la mort de la croix. La participation à son humiliation, à son abaissement est ainsi la condition de participation à sa gloire. Lui qui était sans péché a porté le poids de nos péchés, par sa mort, il a lavé notre faute et nous a acquis le salut. Et si l’antienne de la communion se charge des paroles que Jésus adresse au Père : Abbà, Père… éloigne de moi ce calice, la prière après la communion a des accents eschatologiques. Cependant, c’est la liturgie de la Parole que le mystère du Christ souffrant décline à travers les tristes paroles d’Isaïe. Dans le serviteur, nous pouvons voir l’anticipation de la passion du Christ. Cette situation tragique, de défaite, presque en suspens entre le désespoir et l’abandon filial, trouve une réponse dans les paroles du psaume 21, scandées dans le verset du refrain : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi, m’as-tu abandonné? Le texte de la Lettre aux chrétiens de Philippes présente complètement que le Fils s’aliène de la condition divine pour assumer l’humiliation de la condition humaine; il trace aussi l’exaltation du messie défait qui, par son obéissance, a mérité un nom qui est au-dessus de tout nom. L’hymne reprise en partie par l’acclamation à l’Évangile a été longuement étudiée et interprétée. C’est certainement l’abaissement, l’aliénation du Fils de Dieu qui est en jeu. Il ne s’agit pas d’une manière de parler. Assumer la chair comporte l’indigence, la dépendance, la souffrance, la limite qui caractérise la créature. Dieu se fait faible, fragile, indéfendable; il entre dans la syntaxe du besoin : de souverain, il devient esclave. Et si tout cela n’était pas suffisant dans son ordinaire, l’abaissement du Fils de Dieu comporte qu’il se fasse obéissant jusqu’à la croix. Comme les heures tragiques de son agonie l’attestent, le Fils fait l’expérience du silence de Dieu, de son abandon. Même l’évangile de Marc enregistre les paroles du psaume 21 déjà citées : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? Ce sont des Paroles qui, d’une manière ou d’une autre, à plusieurs reprises, jaillissent dans l’expérience de la souffrance et de la mort. Alors, même les croyants siègent souvent à la table des incrédules : comment Dieu peut-il être là où tout est nié, où règne le non sens? Un corps blessé, méconnaissable, défiguré, exposé dans sa nudité au regard impitoyable des témoins endurcis de la condition terminale peut-il être à l’image de Dieu? Ce que de nombreuses personnes expérimentent, le Fils l’a expérimenté dans sa propre chair. La gloire qui en découle ne peut minimiser sa souffrance volontaire. Elle surabonde justement là où l’expérience de la limite a surabondé. En parcourant jusqu’au fond la tragédie de la créature, le Fils de Dieu en brise le cercle pervers. L’abaissement est en fonction de l’ascèse, de la divinisation. L’homme Dieu qui meurt en homme met en acte, pour chaque être humain, la possibilité réelle de vaincre la souffrance et la mort. La gloire qu’il mérite du Père, c’est la gloire de son corps glorifié, de la vie nouvelle que l’Esprit lui donne. Mais au sommet, il y a la passion amoureuse pour l’humanité, sa créature, pour son corps qui est l’Église et qu’il rend participant de son Esprit et, par conséquent, de sa gloire. C’est pourquoi la liturgie
byzantine appelle jours du nymphios les trois premiers jours de la Grande
Semaine. L’Église, qui célèbre la Passion de l’Aimé, répond aujourd’hui
avec l’Hosanna au don de lui-même pour Elle. Avec l’Hosanna, les anges
ont rendu témoignage à l’abaissement de l’Incarnation et ils ont proclamé
bienheureux les hommes que Dieu aime. Avec l’Hosanna, en célébrant la
Passion à partir du triomphe, la communauté l’acclame : Béni soit celui
qui vient au nom du Seigneur!
Ce dernier dimanche de Carême appelé dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur est marqué par la commémoration de l’entrée de Jésus à Jérusalem et par la lecture du récit de la Passion selon Marc. Le Carême continue jusqu’au Jeudi saint au matin; la célébration du soir ouvre aujourd’hui le triduum pascal : Vendredi saint, Samedi saint et dimanche de Pâques. Le triduum sacré de la Passion, Mort et Résurrection Seigneur est le centre de toute l’année liturgique. • En ce dimanche, on bénit les rameaux en mémoire de l’entrée de Jésus à Jérusalem. • On célèbre la royauté du Messie, Jésus, royauté réelle et salvifique : il est le roi doux qui vient prendre possession de sa ville en donnant sa vie. • Les lundi, mardi et mercredi saint, le lectionnaire de la messe nous propose l’écoute des trois premiers Chants du Serviteur; il nous fait accompagner Jésus qui reçoit l’onction pour la sépulture par une femme à Béthanie; il révèle qu’il sera trahi et il indique le traître. • Au soir du mercredi saint ou bien le Jeudi saint au matin, dans les églises cathédrales, on célèbre la Messe chrismale où l’on bénit les saintes huiles, et les prêtres unis à leur évêque renouvellent leurs promesses sacerdotales. C’est la fête du sacerdoce du Christ Jésus et de son Corps qui est l’Église constituée de tous les fidèles baptisés, confirmés et eucharistiés, sous la guide des évêques, des prêtres, leurs collaborateurs, et des diacres qui, dans le sacrement de l’Ordre, sont unis au mystère du Christ prêtre, chef et pasteur. • Le Jeudi saint, à la messe qui commémore le Repas du Seigneur, après l’homélie, on procède au geste significatif du lavement des pieds. Dans cette Eucharistie, ce geste est une autre manière d’expliquer le don de soi que Jésus fit ce soir-là et qu’à nous, ses disciples, il recommanda de faire en mémoire de lui. • Le Vendredi saint, l’Église accompagne Jésus, heure par heure, avec la prière des psaumes dans la liturgie des heures; puis elle célèbre sa Passion. Cette action liturgique de la Passion est très solennelle et elle révèle la gloire de la croix avec la proclamation du récit de la Passion selon Jean, la lecture du troisième Chant du Serviteur, la prière universelle. L’adoration de la sainte croix et la communion au corps et au sang du Seigneur constitue la deuxième et la troisième partie de la célébration. • Le Samedi saint au matin, on peut accomplir, pour les candidats au baptême, les rites qui préparent immédiatement au Baptême et, pendant la Nuit sainte plus que toutes les nuits, nous veillerons à la clarté du cierge pascal, en écoutant la Parole, en faisant mémoire du Baptême, en baptisant les nouveaux croyants en Jésus et en participant à l’Eucharistie. • C’est la Pâques du Seigneur!
Création nouvelle, ligne de partage des eaux de l’histoire. |