Jésus révèle
le vrai visage de Dieu

 

 

TRINITÉ
année A - 18 mai 2008

 

 

 

Lectures bibliques
Ex 34, 4b-6.8-9; Dn 3, 52-56;
2 Co 13, 11-13; Jn 3, 16-18


comme un collier de perles

Le Père a révélé le mystère de sa vie en nous donnant le Fils et l’Esprit Saint. C’est ainsi que la prière (collecte) d’aujourd’hui résume le message de cette fête très particulière dédiée à la Très Sainte Trinité.

L’Évangile de Jean qui, dans le passage évangélique d’aujourd’hui, annonce que «
Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16), avait déjà déclaré au terme du prologue : « Personne n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé » (Jn 1, 18).

En réunissant les deux affirmations, nous pouvons conclure, avec un saint émerveillement que le mystère caché dans le secret du Père est simplement l’amour. C’est de ce dernier que le Fils est témoin au moment même où, en se laissant donner librement aux humains par le Père, il révèle l’Esprit qui habite les profondeurs inaccessibles de l’amour du Père et du Fils, et qui, à travers le Fils, est communiqué aux humains.

Les croyants ont les arrhes de connaissance de tout cela dans l’expérience de communion qu’ils vivent entre eux grâce au don de l’Esprit Saint. Au jour de la Pentecôte, nous avions déjà remarqué, pour les gens qui venaient de tous les peuples de la terre, la possibilité de se sentir unis alors qu’ils entendaient raconter les « mirabilia Dei », chacun dans sa propre langue (cf. Ac 2, 4-11), D’ailleurs, même le grondement venu d’en haut, c’est-à-dire du ciel, s’était manifesté en bas, c’est-à-dire sur la terre, dans des « langues de feu qui se posaient sur chacun » de ceux qui étaient réunis « dans le même lieu » (Ac 2, 1).

Ces deux constatations permettaient aux Pères de l’Église de souligner dans la communauté des croyants : d’une part, les distinctions précises qui permettaient de parler d’Église composée de Juifs et de Gentils (païens); de l’autre, d’indiquer la mystérieuse koinonia qui s’exprimait dans l’unité très solide qui poussait chacun à se sentir une partie organique d’un corps unique maintenu pleinement en vie par l’unique Esprit.

L’absence de toute humiliation, et encore moins d’annulation des individus, et le soulignement du don particulier, souvent appelé charisme, reçu de l’Esprit pour l’édification et la pleine réalisation de tous, permettait l’ineffable expérience de l’unité catholique qui caractérisait la communauté des croyants.

Je me souviens d’une très belle poésie de Mgr Helder Camara qui disait à peu près ceci : « En admirant un collier de perles, je suis surtout resté fasciné par le fil qui, en se dissimulant soigneusement, permettait à chaque perle de mettre sa beauté en évidence ».

Je n’ai jamais pu m’abstenir de penser que ce fil caché était justement l’Esprit de l’amour qui permet à l’Église catholique d’être, au long de l’histoire, l’image constante de la Sainte Trinité, source et couronnement de notre vie et de la réalisation de l’humanité entière.

Les Pères de l’Église attiraient souvent l’attention, tout naturellement sur la constatation que, tout en étant unifiée par la nature commune, la communauté humaine aussi se manifeste dans la singularité personnelle irréductible qui permet à chaque individu de s’appeler par un nom, unique, qui permet d’être reconnu justement comme une personne.

Une expérience semblable, qui est quotidienne et à la portée de tous, peut laisser entrevoir ce mystère profond et inaccessible qui constitue la réalité indicible de la Trinité.

En réalité, pour parler de choses qui nous dépassent et qui sont, de fait, absolument inaccessibles, nous n’avons d’autre voie que celle-là, identifiée à notre très petite expérience humaine. Cependant, en tout cela, nous avons l’aide de celui qui, comme nous l’avons mentionné au début, étant depuis toujours en communion avec le Père, peut, et est de fait pour nous, « la voie, la vérité, la vie » ou mieux, comme les exégètes l’expliqueraient : « la voie vers la vérité qui est la vie » (cf. Jn 14, 6).

En effet, nous aurions été simplement des aveugles titubant dans le noir, si nous n’avions pu avoir cette voie maîtresse qui, grâce à la foi, nous ouvre les yeux afin que nous regardions dans la juste direction de la vie. Les Pères de l’Église disaient : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme deviennent Dieu ». Une affirmation paradoxale, mais c’est le cœur même de la foi chrétienne. En effet, la révélation du prologue de l’évangile selon Jean ne peut être ramenée à aucune connaissance d’ordre simplement intellectuel, comme s’il s’agissait d’un exaucement de nos demandes rationnelles.

qu’eux aussi soient une seule chose en nous

L’évangéliste Jean laisse entrevoir le contenu de sa révélation lorsqu’il met sur les lèvres de Jésus, dans son discours d’adieu, les paroles : « Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi. Qu’eux aussi soient une seule chose en nous » (Jn 17, 21). Il ne s’agit donc pas de quelque chose d’abstrait mais d’une expérience de communion de vie aussi mystérieuse qu’ineffable.

Donc, une connaissance qui ne fait qu’un avec l’expérience grâce à laquelle les Pères de langue grecque osaient parler vraiment de « theosis », vocable que, à défaut de mieux, nous, occidentaux, traduisons par « divinisation ».

De toute manière, deux choses sont certaines pour tous les croyants chrétiens d’Orient et d’Occident : la première, qu’on ne peut en aucun cas parler du mystère de la Sainte Trinité sans en avoir reçu l’initiation grâce à l’action de l’Esprit Saint. Il est le seul à pouvoir nous introduire efficacement à en faire l’expérience, même minime, comme cela arrive à quelqu’un qui se trouve enveloppé d’une lumière éblouissante dont il sent la présence, la luminosité et la chaleur, mais qu’il ne peut nullement observer avec ses yeux de chair. Dans le même Évangile selon Jean, Jésus déclare ouvertement « J’ai encore bien des choses à vous dire mais, actuellement, vous n’êtes pas à même de les supporter; lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité toute entière » (Jn 16, 12-13).

La deuxième : que cette initiation passe à travers la Parole de Dieu faite chair en Jésus de Nazareth dont l’évangéliste Jean a pu écrire : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père » (Jn 1, 14). D’ailleurs, le même évangéliste nous fait entendre la réponse solennelle et très mystérieuse donnée aux questions des apôtres Thomas et Philippe, et que nous pouvons accueillir aujourd’hui dans notre cœur comme une lumière à garder anxieusement. « Thomas lui dit : “Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment pourrions-nous en connaître le chemin?” Jésus lui dit : “Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu”. Philippe lui dit : “Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit”. Jésus lui dit : “Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu! Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 5-9).

I. Gargano