|
|
Au nom du Père 7 juin – La Sainte Trinité
|
| Nous revenons au Temps ordinaire que nous avions déjà commencé de l’Épiphanie au Carême. Nous le reprenons pour la période qui va de la Pentecôte à l’Avent. Dire ordinaire ne veut toutefois pas dire courant, commun, parce que dans le mystère célébré, il n’y a rien de courant ou de commun. Le mot férie nous en donne la clé. Dans le Temps ordinaire, le mystère du Christ est célébré dans sa dimension unitaire. De six à neuf dimanches marquent le passage de l’Épiphanie au Carême; trente-trois ou trente- quatre au total durant l’année liturgique. Nous devons à la réforme de Vatican II le terme Temps ordinaire. Un accent ecclésiologique marque donc ces dimanches qui vont se terminer sous le signe de l’attente et de l’accomplissement eschatologique. Nous rappelons que, dans le Temps ordinaire, lorsqu’il y a une fête du Seigneur ou une solennité, elles l’emportent sur le dimanche. Le quatrième dimanche du Temps ordinaire célèbre la solennité de la Sainte Trinité. C’est une solennité d’origine médiévale sortie, justement, pour revenir à la profession de foi en l’unique Dieu en trois Personnes et pour promouvoir l’adoration qui lui est due. Cependant, au sens strict, ce mystère est au cœur de chaque célébration. En effet, le culte chrétien est de toute manière, et toujours adressé au Père, par le Fils, dans l’Esprit. L’assemblée n’est pas recueillie dans la profession abstraite du mystère mais dans sa manifestation concrète. Le texte de la première lecture contient une sélection de versets du premier des discours de Moïse recueillis dans le Deutéronome. On y souligne l’identité du Dieu d’Israël, la singularité de l’action salvifique qu’il a accomplie en faveur de son peuple. Pour nous, il suffit de faire attention au verset 39 : « Sache donc aujourd’hui, et médite cela dans ton cœur : le Seigneur est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre, il n’y en a pas d’autre ». De l’expérience du peuple ancien, de son vécu salvifique vient l’affirmation solennelle de l’unicité et de la singularité du Dieu de l’alliance : il n’y a pas d’autre Dieu en dehors de lui. Pour le peuple qu’il a choisi pour lui, l’observance de la loi est la condition sûre du bonheur et du bien-être – termes présentés poétiquement dans le psaume 32/33 et dans son refrain : « Bienheureux le peuple que Dieu a choisi ». La prière (collecte) a déjà anticipé la lecture apostolique et la lecture de l’Évangile. Il s’agit maintenant de recevoir le mystère trinitaire, l’être du Dieu unique : Père Fils Esprit, non pas dans la réalité insondable et dans l’indicibilité de son mystère mais dans sa manifestation. Ainsi trouvons-nous comme deuxième lecture le passage intense de la lettre aux Romains où Paul dessine l’action de l’Esprit dans les croyants. Il les guide en tant que fils de Dieu. En effet, le don de l’Esprit est à la racine de l’adoption filiale; c’est poussés par l’Esprit que « nous crions verse le Père en l’appelant : Abba ». Le thème de la filiation et de l’adoption s’entrecroise donc avec l’action efficace de l’Esprit et il dit à la fois l’interaction des Personnes divines, du Père, que nous pouvons appeler ainsi grâce au même Esprit, et du Fils dont nous sommes les héritiers. En effet, la figure légale de l’adoption sous le profil du droit, nous fait participer pleinement à son hérédité filiale et à la gloire qu’il s’est acquis. En somme, c’est la vie du Père Fils Esprit que nous sommes appelés à vivre; c’est dans leur cercle relationnel que nous sommes introduits. La conséquence immédiate de notre condition de fils du Père par le Christ dans l’Esprit, c’est la divinisation! La doxologie « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient » (cf. Ap 1, 8) nous introduit au texte évangélique de Matthieu. Nous avons là les dernières paroles de cet Évangile, et la raison de leur proclamation aujourd’hui est due à la dimension trinitaire du dernier mandat de Jésus aux siens : « Allez donc! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit ». Souvenons-nous que le baptême est l’acte constitutif de l’identité chrétienne : conformation au Christ, et par conséquent, de la divinisation/filiation et du don de l’Esprit. Il est aussi l’acte de l’appartenance ecclésiale. C’est donc l’Église du Dieu Un-Trine qui est indiquée dans le mandat même de Jésus; c’est la communauté des sauvés qui jaillit de l’eau et de l’Esprit. Et c’est à cette communauté qu’il promet : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». La célébration de la Sainte Trinité devient ainsi la célébration du mystère du Christ, de la communauté rachetée convoquée par le Père, sauvée par le Fils, sanctifiée par l’Esprit. Sur les routes de l’histoire, l’Église a la mission de porter à son accomplissement la mission reçue : faire de toutes les nations des disciples, leur enseigner à observer ce que le Seigneur Jésus lui a commandé. Jaillie de l’amour trinitaire, animée et vivifiée par cet amour, l’Église avance donc vers sa Patrie, la bienheureuse Trinité, en croyant à la présence efficace de son Seigneur. C. Militello VIVRE LE MYSTÈRE Nous venons de célébrer Pâques et la cinquantaine pascale dont la plénitude est marquée par le don de l’Esprit Saint à la communauté de Jésus à la Pentecôte. Pour l’Église catholique romaine, le dimanche après la Pentecôte célèbre la solennité de la Sainte Trinité. Nous, disciples de Jésus, nous sommes rigoureusement monothéistes. Les premiers siècles chrétiens ont lutté et ont précisé tout cela, mais Dieu qui s’est révélé en Jésus Christ s’est fait connaître à nous comme une communion de personnes, au point que Dieu Un, communion du Père et du Fils et de l’Esprit Saint est devenu une norme pour l’Église appelée à être communion. L’ecclésiologie de communion dont plusieurs
parlent consiste justement en cela : recevoir des premières générations
chrétiennes cette donnée que tous les baptisés sont appelés à être un
comme le Père et le Fils et l’Esprit Saint sont Un. L’unité n’existe que
dans l’amour parfait et véritable. Alors, cette fête nous interpelle et
nous juge sur l’amour qui distingue la communauté de Jésus. Souvenons-nous
que le signe de croix par lequel nous ouvrons et concluons notre rassemblement
eucharistique est une profession de foi en ce mystère insondable.
|