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C’est
toi mon Fils bien-aimé Baptême
du Seigneur
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Le dimanche après l’Épiphanie, la communauté chrétienne célèbre la fête du Baptême du Seigneur. C’est un événement revenu avec force dans le projet de la réforme liturgique à la suite de Vatican II . Le bain (la purification) rituel fait partie de plusieurs expériences religieuses. L’eau est l’archétype puissant de vie. Nous le savons nous aussi qui habitons cette partie du monde qui la gaspille; mais les peuples qui en sont privés le savent davantage. Plus précieuse que le pétrole, l’eau, la soif d’eau et la possession de l’eau dessineront le monde au cours des prochaines décennies. Pour un peuple nomade comme celui de l’Ancien Testament, la recherche de l’eau et sa possession sont un ressort non indifférent dans le passage à la sédentarité. Et de nos jours, l’eau et la vallée du Jourdain constituent une richesse disputée parmi les populations qui l’habitent. Dans ce cadre important, sa valeur vitale devient le signe d’un autre excès. Dieu lui-même nous apparaît comme le dispensateur d’une eau qui désaltère, une eau dispensée gratuitement. Aujourd’hui, la lecture d’Isaïe se situe dans cette perspective précise, celle d’une alliance que Dieu conclut avec son peuple et dont l’efficacité vitale est justement confiée à la métaphore de l’eau. En vérité,
ce que Dieu demande, c’est la conversion, la compréhension et l’acceptation
de son dessein salvifique. Le prophète souligne fortement l’altérité
de Dieu, la haute qualité de ses pensées et de ses voies, sa miséricorde.
Et de nouveau, c’est la métaphore de l’eau, maintenant confiée à la
pluie, qui véhicule la puissance efficace, la fécondité de la parole
du Seigneur qui fait irruption et qui accomplit ce qu’elle annonce. Pour la communauté chrétienne, entrer dans le salut a la purification baptismale comme condition. Bain de purification qui enlève le péché, mais surtout participation à la mort et à la résurrection du Seigneur. C’est à travers ce passage que nous entrons dans la vie nouvelle, dans la filiation divine. Baptisés dans l’eau et dans l’Esprit, nous devenons des fils dans le Fils, des membres vivants du corps du Seigneur. La deuxième lecture empruntée à 1 Jean 5, 1-9 insiste sur la nouveauté baptismale interprétée comme filiation. Croire en Jésus Christ signifie justement être engendré par Dieu, entrer dans le cercle de son amour, devenir capable de l’aimer et d’aimer nos frères et sœurs. Le thème baptismal est particulièrement confié aux trois éléments « eau – sang – Esprit ». Sang et eau renvoient originairement au Baptême et à l’Eucharistie (cf. Jn 19, 34), c’est-à-dire à l’Église, même dans son origine sacramentelle. Cependant, c’est l’Esprit « qui est la vérité » qui la rend active et efficace. L’Esprit, l’eau et le sang attestent donc l’identité de Jésus en tant que Fils de Dieu; ils en témoignent. Mieux, ils sont le témoignage que Dieu lui-même « a rendu à l’endroit de son propre Fils ». Ce témoignage rendu par Dieu constitue le sommet de la théophanie au Jourdain. D’après le récit de Marc (Mc 1, 7-11), l’événement a lieu dans le cadre de la prédication du Baptiste, de l’annonce qu’il fait de la venue imminente du Messie. C’est précisément le passage de l’eau à l’Esprit qui fait la différence entre le Baptême de pénitence qu’il pratique comme signe de repentir et de purification, à la manière des autres groupes juifs de son temps. Jean baptise dans l’eau. Le Messie attendu baptisera dans l’Esprit Saint. Nous savons par d’autres récits du même événement combien Jean s’esquive devant Jésus qui demande d’être baptisé. Le verset de l’Évangile rapporte justement quelques paroles par lesquelles le Baptiste l’aurait apostrophé : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde! » (cf. Jn 1, 29). Le récit de Marc est plus sobre et plus rapide. Comme les autres hagiographes, il atteste cependant la théophanie, l’irruption de la voix du Père : « C’est toi mon Fils bien-aimé; en toi j’ai mis tout mon amour » ainsi que la présence de l’Esprit en guise de colombe. Le Père et le Fils attestent donc l’identité messianique de Jésus. La théophanie au Jourdain, comme celle au Thabor, est sous le signe de la manifestation qu’il fait de son identité divine. En assimilant la pratique baptismale, la communauté chrétienne imite le geste de Jésus, sa soumission au bain de purification – régénération. Mais en imitant et en perpétuant le geste, il le comble de sens étroitement lié à sa mort et à sa résurrection. Comme l’apôtre Paul le dira, se plonger dans l’eau, c’est se plonger dans sa mort; en sortir, c’est vivre sa résurrection. Ainsi le Baptême du Seigneur célèbre-t-il notre Baptême. En le reconnaissant Messie, il nous fait participer à son onction. En effet, nous sommes chrétiens, c’est-à-dire « oints, identifiés au Christ », définitivement marqués dans l’eau et dans l’Esprit. C. Militello VIVRE LE MYSTÈRE Le Baptême du Seigneur
est un renvoi à notre Baptême, même s’ils sont substantiellement différents
: pour nous, en effet, le Baptême nous fait renaître et devenir fils
de Dieu dans le Fils. Pour Jésus, le Baptême est substantiellement l’onction
de l’Esprit pour assumer et accomplir sa mission de Serviteur – Fils.
Jésus baptisé, en silence et en prière, laisse parler le Père qui l’inonde
de sa complaisance qui est l’Esprit. |