Un Sauveur est né pour nous

25 décembre 2011
NOËL

Lectures bibliques

Is 9,1-6
Psaume 95,1-3.11-13

Aujourd’hui,
un sauveur est né pour nous


Tt 2,11-14
Lc 2,1-14


MESSE DE LA NUIT

« Je vous annonce une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire (Luc 2,10-12).
C’est l’annonce des anges aux bergers, la bonne nouvelle du Noël qui se renouvelle chaque année pour nous.
Mais que signifie reconnaître que Jésus est né? Et qu’il est né pour nous? Essayons de saisir le sens profond de cette naissance qui nous concerne tous et qui nous interpelle.

Noël en tant qu’exode

Chaque naissance évoque d’abord l’émotion de pouvoir sortir; pensons à la fleur qui sort de la tige, le passereau, de l’oeuf, un bambin, du sein maternel.
Jésus aussi sort. Il sort du sein de Marie comme il est sorti du sein du Père. Comme nous l’avons défini, cette double sortie a deux raisons profondes : Jésus sort du Père pour le révéler à nous (cf. Jn 1,18). Il sort ensuite du sein de Marie pour être l’un de nous, solidaire avec nous. Célébrer la Naissance du Christ signifie alors nous ouvrir à cette double et réconfortante vérité.
Mais il y a plus. Vivre Noël implique que nous entrions nous aussi dans ce mouvement d’exode. Comment? En quittant nos sécurités humaines pour participer à la nouveauté de Dieu; en abandonnant le poids d’un passé qui nous tient prisonniers pour vivre l’avenir de Dieu; enfin, en surmontant les positions qui nous séparent les uns des autres et qui empêchent la communion et la fraternité.

Noël en tant que nudité

De plus, chaque naissance rappelle la nudité. Un bébé apparaît nu et, comme tout bébé, Jésus est né, nu.
La nudité nous renvoie à la fragilité, au besoin, à la pauvreté. Avec la nudité, chacun de nous est exposé à l’accueil ou au refus. Et dès sa naissance, Jésus sera accueilli et refusé.
Si nous regardons bien, non seulement, il est né, nu, mais il est toujours resté nu devant le monde. En effet, il était privé de nos revêtements humains inutiles : c’est-à-dire qu’il était privé des fausses valeurs, des fausses amitiés, privé des égoïsmes et des intérêts; privé de toutes les vanités, de tous les signes extérieurs qui paraissent importants à nos yeux pour nous distinguer du prochain et nous mettre en évidence. Qui est plus libre que Jésus?
Noël doit nous ramener non seulement à un style de vie plus sobre mais aussi à récupérer la valeur profonde qui habite en nous et dans les autres et qui, pour s’affirmer, n’a pas besoin de se revêtir d’inutilités folles et ridicules. Le rappel de Léon le Grand vaut toujours : «Chrétien, reconnais ta dignité!» La seule dignité du chrétien, c’est d’être enfant de Dieu et frère de chaque être humain.

Noël en tant que solitude

Si chaque naissance évoque l’exode et la nudité, elle évoque aussi la solitude.
De par sa singularité, l’enfant qui naît est toujours fils unique. Par la suite, il deviendra un adulte dans la mesure où il assumera son originalité. Alors, la valeur d’une existence ne dépend pas de la reconnaissance ou non reconnaissance des autres (même si elle est importante) : c’est en lui-même que l’être humain découvre la raison de son être et de son agir. Mais cette découverte implique le refus de toute homologation, le refus de toutes les modes ou tendances culturelles qui annulent la valeur et la dignité de la personne humaine. Certes, cela n’est pas simple; c’est parfois à un prix élevé, exigeant. Nous pensons à Jésus dans son obéissance au dessein de Dieu. À cause de sa fidélité, il a d’abord été incompris par les siens, puis refusé par les foules, contrarié par le pouvoir civil et religieux et, a la fin, abandonné par ses disciples. Et pourtant, sa fidélité à Dieu a été la preuve la plus éloquente et la plus authentique de son amour envers les humains.
Jésus n’a pas craint de décevoir; il n’a pas fait de compromis; il n’a pas assoupli la bonne nouvelle du Royaume. Peu importe s’il a été considéré comme un fou, un raté, et un visionnaire. Fidèle au Père et aux hommes, il a ainsi démontré qu’il était fidèle à lui-même.

Noël en tant que mort

Naître signifie reconnaître que nous devrons mourir un jour. Oui, la naissance parle aussi de mort. Devant cette énigme, Sénèque se demandait : « Qu’est la mort? Ou bien c’est la fin ou bien c’est un passage! » Cependant, dans la foi, la mort n’est plus la reine des peurs mais notre sœur comme François d’Assise l’a définie chrétiennement.
En naissant, Jésus a implicitement accepté aussi sa mort. L’Incarnation a comporté la prise en charge de la limite radicale de la nature humaine, devoir mourir. Mais Jésus n’a pas simplement subi cette destinée tragique de l’homme; il l’a remplie de sens. De plus, il l’a vécue comme un acte de son don d’amour, comme geste sacerdotal. En considérant comment Jésus a assumé sa mort, le chrétien apprend à vivre et à mourir. Le fameux vers de César Pavese me revient à l’esprit : « La mort viendra et elle aura tes yeux ». Oui, la mort viendra pour tous, certainement, mais elle aura les yeux du Christ, ses yeux mêmes. Alors, la nuit ne descendra pas, mais surgira le dies natalis, le jour de notre naissance définitive au Ciel.

Alexandre C. osb