Le mystère de Nazareth



28 décembre 2008




Lectures bibliques
Gn 15, 1-6; 21, 1-3; Ps 104, 1-6. 8-9
He 11, 8.11-12.17-19; Lc 2, 22-40

CROIRE AU MYSTÈRE

Au temps de Noël, l’attention particulière envers la famille de Jésus est certainement inscrite dans le contexte culturel, y compris la crise de la famille. Il s’agit de prendre comme modèle, Jésus, Marie et Joseph dans le cercle de leur rapport parental.

Les anomalies sont bien connues : deux époux qui ne consomment pas les noces, une grossesse prodigieuse, un fils qui est naturel seulement pour un des deux et dont l’identité et la tâche paraissent singulières. Toutefois, paradoxalement, la nuptialité anormale, la maternité réelle, la paternité remplacée, deviennent très importantes en ce temps de changement qu’est le nôtre.

Cependant, les anomalies ne sont pas mises au centre de la célébration d’aujourd’hui. La perspective est plutôt celle des témoins très humbles de l’événement que sont les bergers. Ils voient rien d’autre qu’un homme et une femme avec leur enfant. C’est ce que dit le chant d’entrée (Lc 2, 16).

Des trois évangélistes, c’est lui qui donne les noms. Il nous a déjà dit qui est l’enfant, nous venons à peine d’en célébrer la Nativité. À présent, l’accent se déplace sur ce qui apparaît. L’extraordinaire reste en arrière-plan et c’est la normalité très humaine de cette famille qui l’emporte, famille que la prière (collecte) nous propose comme exemple, comme « vrai modèle de vie ».

En toute cohérence, les lectures et les formules de prière insistent sur les aspects normaux d’un engendrement qui appartient aux attentes des êtres humains, même s’il est inscrit dans la fidélité au précepte divin.

Les péricopes de Luc 2, 22-40 nous raconte que, pour respecter la loi, une fois terminé le temps de la purification, Marie et Joseph se rendent à Jérusalem pour offrir leur premier-né au Seigneur. Au don de Dieu, et la naissance d’un fils en est un, ils répondent par des gestes qui sont eux aussi sous le signe du don. Apparemment, le cercle est normal : la bénédiction de Dieu est inscrite dans la fécondité. Un fils en est le signe le plus tangible. Toutefois, ce qui compte, ce n’est pas tellement la fatigue ou le désir d’engendrer. La vie, la vie nouvelle émane de Dieu et elle est inscrite dans son dessein.

Il arrive ainsi qu’un geste d’observance rituelle reçoive un écho différent et surabondant dans les paroles prophétiques de ceux qui sont témoins de l’offrande de l’Enfant au temple. Le vieillard Siméon et la prophétesse Anne deviennent les interprètes de son identité et du don, le salut, qu’il apportera à tout le peuple.
Sentant qu’ils sont uniquement père et mère, et par conséquent, se posant devant l’enfant comme devant leur créature, Joseph et Marie s’émerveillent des choses qu’ils ressentent. Ils retournent à Nazareth où, tout aussi normalement, Jésus grandira et se fortifiera « rempli de sagesse et de grâce ».

Dans ce verset, la normalité de la famille de Nazareth a certainement un lieu privilégié. Celui qui grandit selon les attentes humaines des parents, c’est justement Jésus de Nazareth, le fils de Dieu incarné pour notre salut. Comme nous l’avons déjà affirmé, la Sainte Famille n’est pas très normale. Disons alors que dans l’aventure humaine dont Marie, Joseph et l’Enfant sont les interprètes, il y a le paradoxe de la foi, l’accueil confiant du dessein de Dieu, sa promesse, sa parole.

Et c’est précisément le thème de la foi qui scande la première lecture (Gn 15, 1-6; 21, 1-3). Isaac, l’enfant inespéré d’un couple stérile, est la récompense de la foi d’Abraham à ce que Dieu lui a promis. Et c’est encore la foi qui est au cœur de la deuxième lecture
(He 11, 8.11-12.17-19) : c’est grâce à la foi qu’Abraham a obéi; grâce à la foi que Sara est devenue mère; grâce à la foi, qu’Abraham a offert son fils.

Dans la foi, il importe de faire grandir la famille de Dieu, d’en faire un signe tangible de sa présence dans l’histoire humaine. La radicalité du modèle chrétien (indissolubilité, fidélité, fécondité) n’est pas une obligation insoutenable. C’est le trait propre à l’horizon de disciple.

La famille est une « petite Église ». Vatican II nous l’a redit. Dans sa première forme, l’Église est née dans les familles, dans les maisons des croyants. Le rappeler confirme la nécessité que nous avons de dépasser les horizons restreints et de comprendre que être disciple veut dire aller au-delà. Condition indispensable pour que la Famille de Nazareth soit un vrai « modèle » pour nous.